Est-il encore possible de parler de Dieu ? (Raimon Panikkar 2)

 

Raimon Panikkar

 

 

Dans l’article qui suit j’ai choisi des extraits du livre de Raymon Panikkar sur l’expérience de Dieu, qui illustre bien les difficultés qu’ont maintenant les chercheurs à employer ce nom , et à mon sens cette réflexion permet une ouverture, un déblocage de nos idées toutes faites sur la question.
Trop souvent nous tombons dans les extrêmes et sous prétexte qu’un mot est devenu trop lourd de significations, nous n’arrivons plus à l’employer et le rejetons. Ce qui ne fait que déplacer le problème. Il est en effet très important pour le chercheur sincère de ne plus s’enfermer dans des conceptions étouffantes de la foi qui ne correspondent pas à son ressenti profond.
Mais en même temps il s’agit de ne pas tomber dans  un désabusement qui occulte des ressentis spirituels très sincères .
Le « Dieu est mort » de Nietzsche était nécessaire dans la mesure où il marquait la mort d’un certain Dieu, hypocrite, étouffant, ne correspondant pas à la spiritualité réelle de l’être humain. Mais est-ce pour autant qu’il fallait tout rejeter en bloc au risque de tomber dans cette époque de doute et de désabusement et de perte des valeurs profondes ?
 J’ai souvent constaté à quel point les gens passent d’un credo à un autre en dédaignant à chaque fois ceux qui ne pensent plus comme eux.

Combien de convertis occidentaux au bouddhisme par exemple, méprisent la ferveur de certains chrétiens, alors qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils n’ont fait bien souvent que troquer une croyance contre une autre, une superstition contre une autre.
Il me semble donc primordial que le chercheur spirituel puisse revenir à lui-même et à son ressenti profond, sans aucune culpabilité et sans aucun besoin de se conformer à telle ou telle mode, pour  se regarder sans complaisance et pour voir où résident 
ses aspirations profondes,ses propres moyens d’approche,ses ressentis réels  et ne pas perdre ainsi le fil d’une recherche véritable.
Il est nécessaire de suivre la Voie en acceptant pleinement ce que l’on est et sans se forcer à adopter telle ou telle attitude par conformisme ou pour se faire accepter par un groupe.
Combien de fois ai-je pu remarquer à quel point le désir de se conformer à un groupe nous éloignait de notre identité propre et nous poussait à faire des choses qui ne viennent pas vraiment de nous-mêmes.
Ne suivre aucune mode bien sûr, n’accepter aucun précepte que l’on ne ressent pas dans la profondeur de son cœur: en un mot: