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Extraits du préambule du livre : “TOUT PAR AMOUR”:LE ZEN C’EST FINI!

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Bernard Harmand et Alain Jacquemart 2013.

CE QUI SUIT EST UN EXTRAIT DU PRÉAMBULE DU LIVRE:”TOUT PAR AMOUR” DE ALAIN JACQUEMART PARU :

AUX EDITIONS DES DEUX OCÉANS EN MARS 2014

“Dans un de mes mails je lui dis notamment que j’allais devenir maître. Sa réponse instantanée fut la suivante : « Le mot maître revient souvent dans vos dires mais un maître comme son nom l’indique est une personne qui maîtrise, alors qu’un être réalisé n’a plus rien à maîtriser puisqu’il a définitivement perdu le sentiment d’être quelqu’un. Qui reste-t-il pour exercer une quelconque maîtrise ? »

Cette réponse me fit l’effet d’un koan zen dont le sens jusque là caché éclate soudainement au disciple. Pour enfoncer le clou Bernard me joignit un extrait sonore où je pus entendre ceci :  « Ramana n’a jamais appréhendé personne comme séparé de lui. Il n’avait pas de disciple dans le sens conventionnel du terme. En Novembre 1936, il dit à un visiteur : «Quelqu’un peut se nommer mon disciple ou mon adepte, je ne considère personne comme étant un disciple. Si des gens se nomment mes disciples, je n’approuve ni ne désapprouve. De mon point de vue ils sont tous semblables. Que puis-je leur dire ?» Après avoir tenté de me dissuader de le rencontrer, Bernard céda finalement devant mon insistance et me reçut chez lui le 14 avril 2008. Comme pour tous les rares visiteurs que Bernard reçut, la rencontre eut lieu dans la fameuse « pièce du bas », ainsi nommée car elle se trouve au sous-sol de la maison. Cette pièce était à l’époque sa chambre mais était surtout le lieu où il avait lui-même pratiqué sa sadhana. À l’entrée de cette pièce à gauche se trouvaient de nombreux livres, une assez grande photo de Ramana Maharshi et quelques petites photos sous cadre de ceux qui ont compté sur son chemin. Bernard était assis sur un fauteuil et alors que je me trouvais face à lui je sus à ce moment-là et avec la force de l’évidence et l’intuition du cœur que je me trouvais face à un être réalisé. Je restai là quelques heures, émerveillé d’être en présence d’un amour si grand, si gratuit et si simplement vrai que mon cœur s’ouvrit et me fit ressentir un sentiment de liberté immense que je n’avais jamais vécu.

Bernard n’était pas en effet un de ces maîtres ou conférenciers qui cherchent à être connus mais au contraire un être de cœur sans attente, libre et uniquement porté pour l’amour de l’autre à témoigner de toutes ses forces de son expérience.

Au moment de partir je dis à Bernard de façon un peu familière mais très spontanée : «Un énorme merci du fond du cœur cher Bernard, pour tout. Mais tu m’as bien mis dans le pétrin !»

– Pourquoi dis-tu cela ? » répondit-il avec un doux sourire.

Je lui dis alors :

« Le zen c’est fini. Je ne conçois plus de pouvoir continuer à l’enseigner »

Bernard répliqua alors par ces quelques mots et avec un sourire malicieux :

« Mais non, ce n’est pas si mal d’apprendre aux gens à méditer. »

En quittant Bernard j’étais encore tout imprégné de ce sentiment vertigineux de liberté. Je venais de rencontrer « le Ma » ou le Ramana d’Occident.

Je réalisai alors pleinement que je ne désirais pas devenir maître, que seule la relation d’amour et non de maîtrise m’attirait. Dans un état second et après six joyeuses heures de route j’arrivai à la maison où m’attendait mon épouse. Quand elle me vit, elle sut immédiatement qu’il s’était passé quelque chose d’essentiel. La regardant fixement dans les yeux je lui dis calmement mais avec une force de conviction sans appel : « Le zen, c’est fini. »

Sentant de toute évidence que cette décision était irrévocable elle me demanda un peu craintive : « Oui d’accord, le zen c’est fini, mais pas le dojo tout de même ? »

– Le dojo c’est aussi fini en ce qui me concerne », lui répondis-je.

Au moment où je prononçais ces mots je sentis le poids de leur implication : j’allais devoir m’expliquer avec mon maître, avec tous les gens qui m’entouraient depuis des années et dont certains d’ailleurs étaient devenus des disciples qui attendaient que je sois intronisé maître pour que je puisse ensuite les ordonner.

Bien sûr je ne dormis guère cette nuit là et vu la place que j’occupais dans la «hiérarchie zen», les jours qui suivirent ne furent pas sans remous. 

Les semaines qui succédèrent à cette décision furent consacrées à rompre tous mes engagements tout en faisant ce qu’il fallait pour que le dojo puisse perdurer après mon départ. Malgré les remous je n’eus aucun moment d’hésitation ni le sentiment d’avoir fait une erreur.”

…/…