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Petit memento pour Chercheur sincère .

Nous vivons une époque très délicate dans laquelle il devient difficile non seulement de transmettre les bases de la spiritualité, mais aussi simplement de les mettre en pratique. Car pour les mettre en pratique, encore serait-il nécessaire de les connaître et de se les rappeler, gommées qu’elles sont souvent par une période de profondes perturbations qui désempare beaucoup de personnes sincères et les empêche de suivre correctement la Voie qui mène à la Réalisation
Il est certain, et je l’ai souvent répété, que chaque cheminement est particulier, spécifique, qu’aucun individu n’a besoin des mêmes choses au même moment, ce qui au passage interroge beaucoup de comportements stéréotypés induits par les groupes spirituels qui sont obligés pour maintenir un certain ordre et une cohérence de proposer des enseignements basiques et fédérateurs.

 La Voie est certes solitaire, mais je me suis aperçu que les chercheurs risquaient d’adopter rapidement cette sentence pour éviter de se confronter à des remises en question sérieuses qui bouleverseraient le ronronnement de leur vie. C’est prodigieux de voir à quelle rapidité l’ego s’empare de certaines assertions pour se protéger. Et nous sommes tous en tant qu’êtres humains soumis à cette tendance dont nous n’avons pas à culpabiliser mais que nous devons sérieusement prendre en compte.
Ainsi nous risquons vite de passer de l’enseignement rassurant d’un groupe régénérateur d’identité défaillante à l’isolement égoïste et complaisant avec soi-même. Je vois beaucoup de personnes, actuellement, se ranger dans l’une ou l’autre de ces deux catégories, malgré leur sincérité et leur bonne volonté.
Les premiers cherchant des méthodes, des groupes pour améliorer leur quotidien que ce soit au niveau d’une rassurance énergétique ou de sociabilité, les seconds (souvent les mêmes mais quelques années après !) dégoutés par l’aspect coercitif et liberticide des groupes et se renfermant avec plus ou moins de bonheur dans un isolement souvent hautain, qui vire malheureusement parfois au désabusement mortifère.

Dans les deux cas d’ailleurs et de manière subtile c’est le même ego qui prédomine.
Et il est parfaitement contreproductif de toujours rejeter la faute sur l’autre ou les autres plutôt que de voir en quoi nous avons failli à un moment donné.

Par les temps qui courent, les extrêmes prédominent aux dépens de la réflexion , de la pondération et du discernement nécessaires, alors qu’ils devraient s’appuyer sur des échanges constructifs, des partages d’expérience et non des prises de position émotionnelles, chacun étant persuadé de son côté de son bon droit et se crispant sur ses certitudes.
La Voie juste, celle du milieu comme le rappelait le Bouddha n’est pas facile à trouver. Et je l’ai souvent rappelé, ce n’est en rien, comme beaucoup tendent à le penser, la voie médiocre.
Avides de sensations fortes qui leur donnent l’impression d’enfin vivre, les gens déprécient la pondération, assimilée à une non-vie, et ils préfèrent souffrir plutôt que de trouver la sérénité. Ceci a d’ailleurs été largement constaté par les thérapeutes, habitués qu’ils sont à voir des gens s’embourber dans des problèmes inextricables mais qui ont au moins l’utilité de les faire vibrer, et de les faire se sentir vivants.
Voilà pourquoi la Voie du milieu nécessite au plus haut point un engagement sérieux pour déjouer les oppositions destructrices qui nous gouvernent et font que nous tombons régulièrement, quel que soit le sujet, dans un extrême ou l’autre.
Ainsi les véritables enseignements paraissent souvent contradictoires et certains gurus à certains moments proposent la solitude à quelqu’un qui veut se réfugier dans un groupe ou le groupe à quelqu’un qui veut se blottir dans sa solitude douillette, qui devient alors isolement et non plus noble solitude.

Cette complexité devant être rappelée, il n’en reste pas moins que tous les enseignements spirituels de valeur ont des bases communes et ceci quelles que soient les traditions concernées. Et j’aimerais dans cet article, volontairement un peu long les rappeler, afin que le chercheur sincère ait une sorte de trame à laquelle il puisse se référer. En effet j’ai envie de lui faire confiance et de dépasser les diktats de l’époque qui assènent en filigrane que les gens sont de fait très limités et qu’il ne faut leur proposer que des choses très courtes et très simples, voire que le texte n’est plus adapté et qu’il faut faire de petites vidéos sur You tube. C’est le même raisonnement que les directeurs de chaine de télévision emploient, pour dire qu’aux heures de grande écoute il faut diffuser des jeux débiles et des programmes lénifiants. Quel incroyable mépris !

Personnellement je continue à croire en la sincérité, l’intelligence et la détermination de certains chercheurs, et c’est à eux que je m’adresse, même si la mode est à la facilité, car je pense que LA MERVEILLE dont parle Bernard et dont témoignent tous les êtres Réalisés ne se brade pas, et donc qu’il ne sert à rien de la déprécier. De toutes façons les gens qui n’en ont cure ne liront pas cet article.
Ce n’est en aucune façon du mépris ou un manque de compassion, mais simplement le constat d’une réalité.
Récemment encore, lors d’un échange profond avec Bernard, il me confiait que depuis 26 ans qu’il était Réalisé il avait reçu et vu pas mal de monde et que les chercheurs véritables qu’il avait rencontrés tenaient sur les doigts d’une seule main ! Inquiétant ? Non : réaliste ! Et voilà pourquoi Bernard continuait en évoquant toutes ces techniques de bien-être et de méditation du moment. Il me disait avec beaucoup de compassion dans la voix : « Les gens sont tellement mal dans ce monde que ça peut les aider. » Il n’avait ainsi aucun mépris pour ces multiples enseignants qui ne sont pas tous des gens malhonnêtes et qui désirent sincèrement apporter du bien à leur prochain, mais il rajoutait aussitôt et avec force : « Mais mon cher Alain cela n’a absolument rien à voir avec notre Recherche, on ne parle pas du tout de la même chose. ».

 Car pour Bernard un « vrai chercheur » qu’il soit dans un groupe ou pas d’ailleurs, doit être totalement passionné et emporté par cette recherche, qui doit être plus importante que l’air qu’il respire. Il évoque souvent cette image qu’il faut avoir la même détermination dans sa recherche que celle de quelqu’un à qui on a mis la tête sous l’eau et qui essaie désespérément de remonter pour respirer.

Voilà les choses sont dites et ceci me permet d’arriver au premier critère de base, nécessaire sur la voie du Chercheur .

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 1-LA FERME DÉTERMINATION, LA PASSION 

Le grand Maître de l’advaïta Shankara parle du Désir intense de la Réalisation spirituelle,(mumukshu)  et il l’incluait dans une de ses quatre qualifications essentielles requises pour la recherche, il le comparait d’ailleurs au désir de sauter dans une mare qu’éprouve celui dont la chevelure a pris feu. Au douzième siècle le grand maître zen Dogen reprenait l’image :
                                                 « comme si un feu vous brûlait sur la tête »
Il est évident que quelle que soit la voie suivie ce critère est essentiel car comme dit le proverbe populaire « On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif ». Cela doit être intégré une fois pour toutes et ne nécessite pas de grand développement.

 En revanche je veux bien m’attarder quelques instants pour répondre à une question qui m’est souvent posée par ceux qui à un moment donné prennent conscience de la véracité du fait qu’ils ne sont pas assez passionnés et qui me demandent comment on peut l’être plus. Il m’est assez facile d’y répondre et je dirais d’emblée que si la passion manque c’est que l’on est encore trop attaché aux illusions du monde et qu’on en attend trop. L’être humain après de multiples expériences se rend compte des limites de ses investissements et sans pour cela rentrer dans une dépression, qui serait encore le signe de trop d’importance donnée à ses problèmes, et d’un centrage sur soi excessif, il acquiert peu à peu la certitude que rien ne viendra jamais combler totalement cette aspiration qui l’étreint à aller toujours plus loin à la recherche de quelque chose qui le satisfasse enfin réellement, qu’il l’appelle paradis, ou Bonheur éternel ou de quelque mot que ce soit.

Comme le rappellent souvent Ramana ou Bernard, cette aspiration même est le signe d’un souvenir de quelque chose de plus grand qui nous compose et dont nous avons la nostalgie, si limités que nous sommes et à l’étroit dans nos carcasses terrestres. Le message d’espoir de tous les Réalisés, qui devrait être un viatique pour chacun c’est :

« VOUS N’ÊTES PAS QUE CELA ! TROUVEZ QUI VOUS ÊTES RÉELLEMENT ! »

Donc que ceux qui ne se sentent pas assez passionnés, se souviennent que la passion est directement proportionnelle à la perception grandissante de la relativité des choses de ce monde. Et rassurez-vous ceci n’enlève rien à la reconnaissance des beautés de celui-ci, au ravissement devant un beau paysage ou devant le sourire d’un enfant. Je n’ai jamais perçu autant de Vie et de candide naïveté que chez les Êtres Réalisés. Les sourires de Ma Ananda Mayi résonnent encore en moi 40 ans plus tard, et les humeurs plus que joyeuses de Bernard après 12 ans de chimiothérapie.
Pour terminer l’exploration de ce premier et essentiel critère je citerai un passage édifiant de Bernard qui éclaire parfaitement le sujet :

 « La plupart des gens voient la Recherche comme une façon de vivre .Ils vivent en faisant la tournée des gurus ou des gens qui témoignent. et puis ils mangent bio par exemple, ou même vivent « zen », c’est passé dans le vocabulaire. Pourquoi pas ? Ce n’est pas mal, mais on ne parle pas de la même chose. Moi j’attendais de sortir du bureau, il fallait que ça brûle là.(montrant sa poitrine) C’est Ramakrishna qui ouvrait la chemise des gens pour voir s’ils étaient rouges, s’ils étaient brûlés, c’est étrange, mais il était un peu secoué lui, dans le bon sens quand même !
La Recherche n’est absolument pas un mode de vie, mais je n’ai rien contre tous ces gens et quand je les traite de touristes ce n’est pas méchant. Ils vivent comme cela parce que c’est agréable. C’est bien de manger bio et c’est meilleur d’ailleurs, pour la santé, pour le goût, vivre zen, plus cool c’est bien aussi, mais c’est pour l’individu.

Nous l’individu : on voudrait bien qu’il parte et il va partir, si on le veut, mais c’est ce vouloir plein de passion, de détermination, ce n’est pas une volonté habituelle en fin de compte, ce n’est pas de vouloir comme un gars qui veut sauter 7 m à la perche. Nous ça n’est pas tout à fait cela quand même ; C’est une volonté d’AMOUR et c’est tout de même transformé par…Oui on vibre !
Tous mes modèles m’ont fait vibrer ! Pour moi le mot vibrer c’est participer, devenir participant de ce qu’ils vivent. Moi je disais à Elisabeth : « Prends-moi avec toi ! », on a envie de participer de devenir comme elle, fais-moi vivre ce que tu vis , parce que franchement ça m’intéresse, en fin de compte et je ne pense pas que cela puisse être comparé à des pratiques parce que ce n’est pas une pratique, c’est de L’AMOUR. Il faut que l’on vibre avec ! Pour finalement arriver au saut de l’ange ! »

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2-LA CONNAISSANCE DE SOI.

Maître Siddharameshwar guru de Nisargadatta disait :

« Rien au monde n’est plus important que la connaissance de soi, aucune autre activité ni aucun autre accomplissement n’ont de sens. Les sages ne nourrissent qu’un seul désir dans leur cœur, celui de Réaliser l’Unité avec l’Essence de toute chose. »
Le grand Ramana ajoutait :

«  LES GENS IGNORENT LA VRAIE NATURE DE LEUR ÊTRE QUI EST LE BONHEUR EN SOI, ILS PATAUGENT DANS LE VASTE OCÉAN DU MONDE DES APPARENCES ET REJETTENT LA VOIE JUSTE QUI MÈNE AU BONHEUR ABSOLU. »

Et la grande mystique chrétienne béguine Hadewijch d’Anvers au 13ième siècle enfonçait le clou proclamant :
« Si vous voulez atteindre cette perfection il vous faut d’abord apprendre à vous connaître bien réellement. En toute rencontre demeurez égal, dans le repos comme dans la peine, en sorte que votre quête soit véritable.
Certains êtres peuvent se laisser tromper par leur imagination, et ne vivre qu’une contrefaçon de cette aventure.
Dupes d’eux-mêmes, ils se mentent, s’illusionnent, se laissent berner par un persistant fantasme, en cédant à la tentation de brûler les étapes »

 Que oui ! Combien de gens veulent brûler les étapes et comme le disait prosaïquement Arnaud Desjardins mais non sans vérité : « croient être en terminale alors qu’ils sont au jardin d’enfants ! ».Et je rajoute souvent qu’il est nécessaire de « faire l’état des lieux » avec sincérité et ne pas se décourager du travail à faire. Mieux vaut surestimer le devis que de se retrouver à court !Il n’y a absolument rien de répréhensible à en être là où nous en sommes. Et c’est aussi une chose qui m’a frappé chez les Êtres Réalisés, de voir avec quel immense Amour et sans aucun jugement, ils prenaient les disciples là où ils en étaient. C’est trop souvent une surestimation de nous-mêmes qui nous rend très malheureux et nous fait craquer quand la baudruche se dégonfle.

 Il est utile de préciser pour répondre de suite à des objections qui m’ont été faites que cette démarche n’a rien à voir avec un centrage excessif et narcissique sur soi. Beaucoup de gens prétendent pour éviter ce retour douloureux à soi-même, que dans une époque aussi troublée, il est égoïste de penser à soi-même et qu’il faut se jeter dans l’aide aux autres . Certains débouchent ainsi dans un activisme excessif qui est à l’opposé de la Voie. À ce genre de personnes Ramana ou Bernard répondent :

« Trouvez votre Soi et vous verrez s’il y a encore des êtres à sauver ! ».

 Je suis d’autant plus à l’aise pour évoquer cette critique et ce défaut, que j’en suis affublé par nature et éducation et que Bernard me le fait travailler constamment. Donc méfions-nous du raisonnement pervers qui nous fait prendre un défaut pour une qualité. Commencer à se connaître soi-même c’est commencer à nous voir tels que nous sommes avec nos qualités, nos failles, sans aucun jugement, ni aucune comparaison : en effet nos modèles doivent nous stimuler à grandir et pas à nous sentir coupables ! Cette connaissance grandissante va nous mener peu à peu à estimer nos limites et à en prendre conscience, et nous touchons là un point fondamental qui requiert toute notre attention et qui nous mène au troisième critère de la recherche :

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 3-LE CONTACT DE CŒUR À CŒUR AVEC « L’AMI SPIRITUEL. »

Beaucoup s’appuient sur le fait que Ramana n’avait pas, soi-disant, de disciples, c’est une malhonnêteté intellectuelle qui repose sur la fameuse phrase :
« Quelqu’un peut se nommer mon disciple ou mon adepte, je ne considère personne comme étant un disciple. Si des gens se nomment mes disciples : je n’approuve ni ne désapprouve. De mon point de vue, ils sont tous semblables. Que puis-je leur dire ? »
Poursuivant cette malhonnêteté ceux qui veulent s’exempter de la nécessité « d’Ami spirituel » invoquent également tous les passages et ils sont nombreux où Ramana ou d’autres grands Maîtres Réalisés mettent en avant le rôle du Maître intérieur qui est le Soi et qui seul peut guider le disciple vers la Réalisation.
Tout ceci est bien entendu vrai, à ceci près que l’on passe sans frémir pour justifier son refus d’abandon, du niveau Absolu de la non-dualité, c’est-à-dire plus de Maître ni de disciple : seulement Un : LE SOI, au niveau relatif qui est bien entendu le niveau duquel part tout chercheur.
Voilà pourquoi Ramana déclare avec une justesse confondante :

« TANT QUE VOUS VOUS PRENEZ POUR UN INDIVIDU, UN GURU EST NÉCESSAIRE POUR VOUS MONTRER QUE VOUS N’ËTES PAS LIÉ PAR DES LIMITATIONS MAIS QUE VOTRE NATURE EST D’EN ÊTRE LIBRE. »

                                                                                            Bernard Harmand.

Le message est très clair et on ne peut qu’être étonné du nombre de gens qui à l’heure actuelle, dans un élan de liberté factice servant à protéger leur petit moi, se renferment dans l’illusion du guru intérieur qui n’est en fait que la projection de leurs désirs personnels.
C’est un point grave car toute l’histoire spirituelle montre que les Réalisés qui n’ont pas eu « d’Ami spirituel » sont extrêmement rares. C’est dans ce sens où Bernard à juste titre, dit, qu’au fond Ramana est un très mauvais exemple pour le chercheur puisque non seulement il n’a pas eu de Guru mais en plus n’a pas accompli de recherche spirituelle.
Ceci étant posé, pratiquement tous les Êtres Réalisés ont eu un Guru et gardent même pour lui, après la Réalisation, un respect et un Amour très grands. On se souvient de Nisargadatta faisant chaque jour une cérémonie devant la photo de son Guru et de tant d’autres. A chaque fois que Bernard évoque son « Swami » je sens la vibration d’Amour très forte dans tout son être.

                                                                   Swami Ritajananda: Swami de Bernard Harmand.

 

Certaines personnes à qui je laisse la responsabilité de leurs propos m’ont trouvé atteint de « gurulâtrie infantile », probablement parce qu’ils n’ont pas l’expérience (que je leur souhaite de tout cœur !) de la relation d’AMOUR GRATUIT AVEC QUELQU’UN QUI A RÉALISÉ LE SOI.
Cet Amour qui nous envahit nous donne l’envie de partager, et c’est ainsi que l’on en arrive à écrire deux livres sur son Guru, car lui-même n’écrirait rien. Remarquez bien au passage, que la plupart des Êtres Réalisés n’écrivent pas mais que ce sont leurs disciples qui par Amour transmettent leur témoignage. Alors peu me chaut d’être taxé de gurulâtrie si mes humbles écrits ont pu toucher le cœur de quelques chercheurs, non par leur forme, qui n’a aucune importance en soi, mais par le souffle d’Amour et de véracité de Bernard qu’ils ont pu réussir à faire passer en dépit de leur aspect humain si limité.
L’Ami spirituel est une aide essentielle dans le cheminement car il débusque la supercherie complaisante que le chercheur peut avoir avec lui-même évitant soigneusement tout ce qui peut le remettre en question. Ce fait est d’ailleurs largement accepté dans des milieux non spirituels puisqu’il est bien connu qu’il est préférable d’avoir un thérapeute extérieur plutôt que de se fier à sa propre auto-analyse qui est souvent un leurre.

Certains qui ont conscience de la nécessité d’un Ami spirituel vont jusqu’à le rencontrer et baignent dans une sorte d’euphorie « des débutants » un peu comme un amoureux transi qui croit être ébloui par sa belle, mais qui en fait, n’est amoureux que de l’image qu’il a de l’Amour, et non pas de celui ou celle qui est en face de lui . Ainsi à la moindre difficulté, plutôt que de se remettre en question, ils estiment dans le meilleur des cas qu’ils n’en ont plus besoin, mais souvent aussi que le Guru n’est pas à la hauteur, ce qui est plus grave, car ils s’éloignent ainsi dangereusement de la Voie. Cette relation fondamentale ,je le rappelle, n’a rien à voir avec une relation habituelle, basée sur la séduction et les avantages réciproques Parlant du Guru Nisargadatta dit :

« Quand quelqu’un parle avec quelqu’un d’autre c’est toujours avec une intention : les sages ont plus de compassion que vos parents. La béatitude du Soi est différente de la joie des sens. L’essence du Guru est identique à la Réalité suprême, indicible, sans limite. Sa nature est bénie et nous nous en souvenons encore et toujours. »

Cette relation bien entendu doit être nourrie, entretenue avec Amour :
Dans ce domaine, il subsiste beaucoup d’incompréhension. Bernard dans son langage imagée dit par rapport au Guru que:” Ce n’est pas la peine d’aller à la messe tous les jours! “. Voici un exemple de plus des paradoxes que j’ai évoqués plus haut. Bien entendu ce qu’il dit est vrai et s’applique à des personnes qui seraient en manque d’affect et viendraient constamment importuner le Guru pour un motif futile. Mais certains  parlent de relation avec un Guru tout simplement parce qu’ils vont de temps en temps recevoir sa bénédiction (Voir les milliers d’adeptes qui défilent au satsang d’Amma) et ils se trouvent ainsi dédouanés, ne retirant du Guru que ce qui les arrange et conforte leur ego.

Bien évidemment il n’y a pas de critères en la matière et il n’y a pas un nombre d’entretiens prérequis avec le Guru pour être dans le bon chemin. Chaque personne a besoin d’éléments différents. Mais tant qu’il reste des questionnements il est bon de pouvoir les poser. Cette relation de Pur Amour n’est pas indemne de remises en question pour le disciple. Si bien sûr, comme le dit le proverbe :”Lorsque le disciple est prêt, le Guru apparaît!”, il n’en reste pas moins que tout ne fait que commencer et qu’un long chemin est encore nécessaire pour la plupart. Et les épreuves seront d’autant mieux surmontées que la relation sera plus forte.

En tout cas le mystère du Guru est indicible et depuis 13 ans que je fréquente Bernard, j’explore cette énigme, ce koan comme on dirait dans le zen, continuellement et rien de rationnel à son sujet ne peut exprimer la Vérité totale. J’en perçois quelques effluves par l’Amour désintéressé qui s’en dégage et par le travail qui s’opère en moi. Car la Voie n’a rien d’un chemin sans épines et notre transformation passe par des moments douloureux, que le Guru nous renvoie inévitablement puisqu’il est un miroir nous aidant à progresser. Ne croyons surtout pas que, parce que des difficultés nous arrivent, que c’est le guru qui en est responsable, amplifions au contraire notre Amour pour le remercier de nous aider à passer le cap.

Donc le rattachement à un Ami spirituel est fondamental mais en même temps c’est un point de réticence extrême à notre époque et qui en bloque plus d’un dans son évolution.

Il faut reconnaître cependant que cette réticence est malheureusement largement justifiée par rapport à tous les scandales qui n’ont cessé d’éclater durant ces dernières années dans les milieux spirituels de quelque origine qu’ils soient : Zen, Tibétains, Chrétiens. Ce ne furent malheureusement pas de simples exceptions et des maîtres très reconnus sur la place publique furent mêlés à d’énormes scandales sexuels ou financiers et même souvent les deux à la fois.
Comment s’étonner ensuite de la méfiance des gens à s’engager, car Bernard me le répète très souvent et je partage absolument son point de vue :

Il n’y a rien de pire, c’est la faute la plus horrible, de trahir la confiance de personnes dans ce merveilleux domaine de la spiritualité. 

Voilà pourquoi on ne saurait assez mettre en garde les gens sur le discernement nécessaire avant de s’engager avec un Ami spirituel.

Le discernement est d’ailleurs une des quatre qualifications essentielles requise par Shankara pour valider une recherche. Il est fondamental d’arriver à discerner entre ce qui est permanent et impermanent, entre ce qui est sincère ou falsifié et l’Amour d’un Ami spirituel véritable n’a rien à voir avec l’émotion, il jaillit du cœur et est un pur don qui régénère parce qu’étant absolument gratuit, il ne demande rien en retour .
Et on ne s’y trompe pas, il n’est qu’à sentir la légèreté qui nous anime auprès de quelqu’un qui nous aime réellement ,sans même parfois nous le signifier par des mots. Et d’éprouver en revanche la lourdeur qui nous oppresse face à quelqu’un qui est englué dans ses frustrations, ses manques et ses concepts .

On me demande encore souvent comment on peut rencontrer son Ami spirituel. Il ne s’agit pas bien sûr d’aller à la foire aux gurus qui pullulent sur internet, rappelons que ce n’est pas une démarche volontariste qui rentrerait encore dans le domaine de la séduction, faisons confiance préparons-nous et comme le dit si bien Ramana :
« Ce qui est à l’intérieur en tant que Soi, se manifeste en temps voulu en tant que Guru sous forme humaine… Vous prenez le corps pour le Guru mais le Guru ne se prend pas pour cela, il est le Soi sans forme, celui-ci est en vous mais il apparaît à l’extérieur seulement pour vous guider. »
Après ces trois axes de travail : ferme détermination, connaissance de soi, ami spirituel on pourrait penser en avoir fini et enfin se reposer, ce serait avoir une bien piètre idée de la recherche et Shankara rajoute un autre critère :

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 4- LES SIX RICHESSES INTÉRIEURES :

Le passage des trois étapes précédentes n’est en rien un passeport pour le farniente. Beaucoup se disent : maintenant que j’ai un guru tout va bien et on invoque abondamment « la grâce du guru » pour se dispenser de tout effort et surtout le terme le plus à la mode qui me met hors de moi (Bernard aussi s’en offusque) et qui est un honteux détournement d’un enseignement fondamental du vedanta :

« IL N’Y A RIEN À FAIRE PUISQUE NOUS SOMMES DÉJÀ ET DEPUIS TOUJOURS LE SOI ! »

Bernard est très clair là-dessus et l’a exprimé à plusieurs reprises en voici un exemple :
« On entend sans arrêt dire qu’il n’y a pas besoin de pratiques, eh bien qu’ils ne fassent rien et puis on verra ! Pour moi c’est absurde ! Encore une fois ce n’est pas un enseignement que je donne, je témoigne et dans mon parcours, on ne peut pas dire que je n’ai rien fait !  Rien faire…Moi je réponds :

                                                                                          IL FAUT TOUT FAIRE !

On continue de dire pourtant que l’on est déjà dedans (LE SOI)…On en provient oui mais on en est sorti pour faire une existence particulière, une vie particulière dans un espace-temps, et il reste en nous quelques traces (pour certains pas mal !) qui nous rappellent nos origines, mais il va falloir faire le chemin inverse pour pouvoir y retourner. C’est pour cela que j’utilise l’image de la poupée de sel de Ramakrishna (il ne l’employait pas pour cela, lui) mais moi je l’emploie comme cela pour le retour. Elle est sortie de l’Océan, elle en provient, mais il va falloir qu’elle fasse le chemin inverse pour y retourner .»

 Ceci est me semble-t-il parfaitement clair et même si les trois critères précédents sont acquis, même s’il est évident et je peux en témoigner largement, que la présence de l’Ami spirituel est effectivement une grâce abondante et qui transforme continuellement la vie, il n’en reste pas moins que le chemin à accomplir est ardu, mais on traverse ces difficultés avec d’autant plus d’entrain et de joie que l’on est porté par sa propre détermination et l’Amour de l’Ami spirituel.

Les six richesses intérieures de Shankara sont :

– La confiance dans les paroles de son Guru.

-La tranquillité mentale.

-La pacification des sens.

–L’Observance du devoir.

– L’endurance.

– La concentration.

Il n’est pas utile de reprendre de manière scolaire ces points et de les développer car chacun comprend aisément en quoi ils nous concernent. Mais cela a le mérite de nous montrer le travail à faire et rabaisse un peu nos prétentions à être si avancés que nous le pensons. Car là aussi nous nous empressons bien vite d’écouter ce qui nous arrange dans l’enseignement des Êtres Réalisés.
J’en prendrai un seul exemple qui peut servir dans tous les autres domaines. Quelqu’un a demandé à Bernard s’il fallait maîtriser les désirs et bien sûr sa réponse fut :

«  Pourquoi maîtriser les désirs, ils seront maîtrisés d’eux-mêmes dans la tombe !
Le désir est naturel, c’est un désir d’exister en fin de compte, qui passe par des tas d’idées qu’on en a, par des tas de concepts : « il me faudrait ceci plutôt que cela ! », Mais c’est normal ! Il n’y a pas d’erreur dans tout cela et c’est fonction de chaque individu. Personne n’a les mêmes envies, les mêmes désirs, n’a besoin des mêmes plaisirs, et pour un chercheur les mêmes pratiques on va dire.
Il n’y a rien de mal dans un plaisir qui est naturel. Ce qui est naturel, il n’y a pas à vouloir changer le naturel quoi ! Pour quoi faire ? »

Cette réponse est parfaitement juste et adaptée à quelqu’un qui a besoin d’entendre cela, et convient par exemple, par rapport aux excès de l’enseignement chrétien mal compris qui diabolise le corps. Mais il est évident que si Bernard ne condamne en rien les désirs, il dit aussi à d’autres moments qu’il faut bien sûr ne pas être emporté par eux et que pour faire correctement sa recherche on ne peut être obsédé par de nombreux désirs qui nous assaillent.

D’ailleurs à un chercheur qui disait à Ramana qu’il était préférable avant de renoncer totalement aux désirs de les avoir vécus, celui-ci répondait :
« Tout ceci est vouloir éteindre un incendie en arrosant les flammes avec de l’essence ! Plus les désirs sont satisfaits, plus les samskaras (tendances innées)s’enracinent. Ils doivent d’abord devenir plus faibles avant de cesser de s’imposer. Cet affaiblissement ne peut survenir qu’en se réfrénant, et non pas en s’abandonnant aux désirs. On peut les rendre plus faibles par la connaissance, car vous savez que vous n’êtes pas le mental alors que les désirs sont dans le mental ! Une telle connaissance aide à les contrôler. »

Cet exemple sur le désir, peut comme je le disais plus haut s’appliquer à tout autre enseignement et il est important de constater que les réponses apparaissent toujours comme contradictoires parce qu’elles sont données à des moments différents et à des personnes différentes. Bernard, et il a raison d’insister souvent sur ce fait, rappelle qu’il ne faut pas prendre à la lettre les réponses des sages, car en plus des critères de moments différents et de personnes différentes, il y ajoute les possibilités d’erreur de transcription des disciples et pour couronner le tout les erreurs possibles de traduction. Il est donc très important d’avoir un grand discernement et de veiller à ne pas tomber trop vite dans la complaisance en choisissant les réponses qui nous arrangent !

Donc tous ces items de Shankara évoqués dans les six richesses intérieures et qui constituent un des critères essentiels du vrai Chercheur sont à travailler .Pour cela bien sûr, et Bernard le rappelle souvent, chacun en conscience devra non seulement adopter les outils qui conviennent à sa nature mais aussi s’assurer qu’ils le font progresser. Si un outil ne nous convient pas, mettons- le de côté car c’est la transformation et le but qui sont importants.

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 5-LE DÉTACHEMENT, LA PERTE DE L’INDIVIDUALITÉ.

Et Shankara précise : l’absence de désirs pour les plaisirs dans ce monde ou dans d’autres mondes, le détachement envers la jouissance du fruit des actions.
On rejoint dans ce domaine toutes les positions des grands mystiques sur l’abandon nécessaire, l’annihilation de soi-même avant d’atteindre le but, ce qui est un des points les plus vertigineux et les plus mystérieux de la recherche qui ne peut-être entendu que par ceux qui ont accepté et intégré les quatre premiers critères.
Cette perte de l’individualité est aux antipodes de la pensée actuelle axée essentiellement sur l’amélioration de la personne par tous les moyens possibles et sur la revendication forcenée de la liberté sacro-sainte de l’individu. Ce que recherche la plupart des hommes ce n’est bien entendu pas LA RÉALISATION au sens où l’entendent Ramana ou Bernard, mais la réalisation de soi-même, l’épanouissement en toute liberté de ses potentialités (intellectuelles, sexuelles, artistiques, sportives, sociales etc.).
C’est ce qui fait dire à Bernard et qui étonne beaucoup de monde alors que c’est d’une vérité criante : LA RÉALISATION N’EST ABSOLUMENT PAS NATURELLE, ELLE EST CONTRE NATURE !

Et je ne peux m’empêcher de citer in extenso ce passage fondamental de Bernard qui éclaire ce sujet :

« La Réalisation ne se produit pas en l’être humain, mais en l’effondrement de l’idée (naturelle malgré tout) de n’être qu’un ensemble corps-mental. Quand l’identification au corps-mental tombe, explose, il ne reste que la BASE, cette VIE tout court et il n’y a rien d’autre puisque personne pour appréhender quoi que ce soit.
Alors pourquoi cette Réalisation est-elle contre nature ? Parce que la Vraie Nature de l’homme c’est tout simplement l’homme qui est né et qui meurt inévitablement avec ses désirs et tout le reste… Voilà pour l’individu dans l’espace-temps, éphémère, limité, etc… mais la CONSCIENCE (elle aussi fragile et impermanente, puisqu’elle peut être détruite par la maladie d’Alzheimer par exemple) me permet de le voir et porte en elle cette merveille qu’est le pressentiment : pressentiment de l’Origine de cette vie particulière.
C’est grâce à ce pressentiment que cette MERVEILLEUSE BASE, cette VIE Eternelle, à l’origine de tout ce qui apparait, peut être appréhendée et finalement RÉALISÉE…… Pour les PASSIONNÉS SEULEMENT !
La poupée de sel est sortie de l’océan et va y retourner pour s’y dissoudre. »

Ramana ne dit pas autre chose en allant jusqu’à affirmer que ce qui est nécessaire pour obtenir le but le plus élevé c’est la perte de l’individualité. Ce qui est une assertion monstrueuse pour nos contemporains et qui pourraient de suite le faire brûler en place publique, en le taxant de chef sectaire voulant briser l’individualité de ses disciples. Je mets ci- après le dialogue en entier car il est fondamental et résume parfaitement les étapes de la recherche :

Q : Comment peut-on garder le mental stable de façon continue ?

Ramana : Tous les êtres vivants ont conscience de leur environnement. On doit donc en conclure qu’ils sont tous pourvus d’un intellect. Cependant, l’intellect de l’homme est différent de celui des animaux, car l’homme non seulement, perçoit le monde tel qu’il est et agit en conséquence, mais, de plus, n’étant jamais satisfait de l’état actuel des choses, il cherche à l’améliorer suivant ses désirs. Ce faisant il étend le champ de ses divers intérêts, mais reste néanmoins insatisfait. Il commence alors à penser et à raisonner. Son désir d’une paix et d’un bonheur permanent, est le signe manifeste de l’existence d’une telle permanence dans sa propre nature. C’est pourquoi il s’efforce de retrouver et de regagner sa propre nature : son  SOI, une fois le Soi trouvé, tout est trouvé !
Cette recherche intérieure est le chemin que doit emprunter l’intellect de l’homme.

Après une pratique continue, l’intellect finit par réaliser de lui-même, que sa propre activité dépend d’un Pouvoir supérieur.

MAIS IL NE PEUT PAS PAR LUI-MÊME ATTEINDRE CE POUVOIR.

Si bien qu’arrivé à un certain stade, il s’arrête d’agir. Quand l’intellect a suspendu ainsi toute activité, seul reste le Pouvoir suprême : c’est la Réalisation, la finalité, c’est le but. Il est donc clair que la finalité de l’intellect, est de comprendre qu’il est dépendant d’un Pouvoir supérieur et qu’il est incapable de l’atteindre.

Il doit alors s’annihiler lui-même avant d’atteindre le but.

Q : Il existe une strophe qui dit à peu près ceci : « Je ne désire aucun royaume, laisse-moi seulement te servir pour toujours, c’est en cela que consiste ma plus grande joie ! » Est-ce correct ?

Ramana : Oui. Car tant qu’il reste un objet séparé du sujet, il y a place pour le désir. Quand il n’y a plus d’objet, il ne peut y avoir de désir, et l’état sans désir c’est la Réalisation.

Dans le sommeil profond, il n’y a ni dualité, ni désir. Alors que dans l’état de veille il y a dualité et désir. C’est à cause de la dualité que le désir apparaît pour posséder l’objet. Le mental dirigé vers l’extérieur est le siège de la dualité et du désir. Si l’on sait que la félicité n’est autre que le SOI, le mental se tourne vers l’intérieur. Quand le Soi est atteint tous les désirs se trouvent exaucés (et Bernard précise qu’il n’y a plus aucune question !)

CE QUI EST NÉCESSAIRE POUR OBTENIR LE BUT LE PLUS ÉLEVÉ, C’EST LA PERTE DE L’INDIVIDUALITÉ.

L’intellect se développe en même temps que l’individualité. La perte de l’individualité ne peut avoir lieu qu’après la disparition de la buddhi (c’est l’intelligence mais dans le sens de la capacité à discerner) qu’elle soit bonne ou mauvaise.

Q : Cependant, l’homme doit connaître ce qui est bien, choisir le juste chemin, et s’y tenir fermement, autrement il est perdu ?

Ramana : La véritable force s’acquiert en se maintenant toujours dans la bonne direction sans s’en écarter.

Q : Mais on y rencontre des difficultés. Comment obtenir la force nécessaire pour surmonter les obstacles sur le chemin ?

Ramana : Par les moyens de la dévotion et par la fréquentation des sages.

Q : Tout à l’heure, vous mentionniez la perte de l’individualité comme étant une condition préalable à la Réalisation. Maintenant vous recommandez la dévotion et la fréquentation des sages. L’individualité n’est-elle pas impliquée dans ces méthodes, quand on pense par exemple : « je suis un dévot », « je suis le disciple de tel Maître »

Ramana : Les méthodes sont faites pour le chercheur et le chercheur n’a certainement pas encore perdu son individualité, autrement cette question ne se poserait même pas. La voie est indiquée au chercheur pour lui permettre de perdre son individualité. C’est en quoi elle se justifie.

Q : Est-ce bon d’éprouver le désir d’indépendance ?
Ramana : Un tel désir commence sans doute par un intérêt pour soi-même. Cependant, par les œuvres accomplies en vue du but, la perspective de l’individu s’élargit peu à peu et l’individu finit par fusionner avec sa patrie. Une telle fusion de l’individualité est souhaitable et l’action( le karma) qui s’accomplit alors devient désintéressée.

Q : Si après de longues luttes et des sacrifices terribles, la Réalisation est obtenue, la personne n’aura-t-elle pas toutes les raisons d’être contente du résultat et de se sentir élevée ?
Ramana : Au cours de son action, de son cheminement, elle doit se remettre entre les mains du Pouvoir suprême dont la puissance doit être gardée à l’esprit sans jamais être perdue de vue. Comment alors peut-elle se sentir élevée ?

ELLE NE DEVRAIT MÊME PAS SE SOUCIER DES RÉSULTATS DE SES ACTIONS, C’EST SEULEMENT ALORS QUE L’ACTION( LE KARMA) DEVIENT DÉSINTÉRESSÉE.

Q : Comment assurer une justesse sans faille du travail ?
Ramana : Si la personne s’est soumise à Dieu ou à son guru, le Pouvoir auquel elle s’est soumise la conduira dans la bonne voie. Elle n’a alors plus besoin de se sentir concernée, ni de savoir si son chemin est juste ou non. Les doutes ne surgiront que si elle faillit à obéir au Guru dans les moindres détails.

 Quelle merveille, tout est dit et va à l’encontre de tant de nos préjugés, n’hésitez pas à lire et relire ces lignes car à chaque fois vous les entendrez d’une manière différente selon le niveau de travail où vous en êtes. Les répétitions ne sont nécessaires qu’à cause de l’obstruction de notre mental. Si l’on observe les milliers de pages sur Ramana ou Nisargadatta, tout peut bien sûr se résumer en quelques mots mais il faut des années et des relectures pour en saisir peu à peu l’essentiel et l’intégrer : LE RÉALISER. Cette insistance sur l’état de non-désir est troublante car elle terrifie l’homme actuel, même les plus grands thérapeutes insistent sur le désir comme base indispensable de la vie, le non-désir étant assimilé à la dépression et à la mort.

D’ailleurs l’auditeur de Ramana s’en inquiète comme nous le ferions et dit

Q : L’état de Réalisation est un état de non-désir : si un être humain n’éprouve plus de désir, il cesse d’être humain !
Ramana : Vous admettez votre existence dans le sommeil. Vous ne fonctionniez pas alors et vous n’étiez conscient d’aucun corps. Vous ne vous limitiez pas à ce corps-là. Vous ne pouviez donc rien trouver qui fût séparé du Soi. Actuellement à l’état de veille, vous poursuivez la même existence mais en la limitant au corps.Cette limitation vous fait voir d’autres objets. De là naît le désir . Mais l’état sans désir du sommeil ne vous a pas rendu moins heureux que maintenant. Vous n’éprouviez alors aucun besoin. Vous ne vous sentiez pas malheureux parce que vous n’éprouviez aucun désir. Maintenant vous éprouvez des désirs parce que vous vous êtes limités à cette forme humaine. Pourquoi tenez-vous à conserver ces limitations et à continuer d’éprouver des désirs ?

 Seul le patient chercheur qui est arrivé jusqu’à ces lignes est susceptible sans toutefois les accepter, d’envisager au moins que Ramana puisse dire vrai. C’est tout de même invraisemblable ce qui nous est demandé, on passe sa misérable vie à essayer de se construire vaille que vaille, à asseoir un brin de liberté et d’indépendance au sein des requins et des loups qui nous entourent et voilà que ces sages nous invitent à disparaître, à se soumettre, Ramana ne dit-il pas :

 « Soumettez- vous d’abord et voyez. Tous vos doutes proviennent d’un manque de soumission. Acquérez la force par la soumission. Vous constaterez alors que les conditions de votre environnement s’améliorent à mesure que vous vous fortifiez »

Cette soumission n’a bien entendu rien à voir avec une emprise quelconque, ce n’est pas une faiblesse mais une vertu qui vient de l’intérieur, déclenchée par l’Amour et le clair discernement, que notre résistance est le dernier bastion du mental et de l’ego qui sentent confusément qu’ils vont perdre la partie.

Pour se rassurer quelque peu on décide alors de se tourner vers d’autres traditions, car, se dit-on, ces hindous sont très sympathiques mais ne sont certainement pas adaptés à notre mentalité occidentale si spécifique, si raffinée! Et bien voici dans la tradition chrétienne ce que dit la très grande Marguerite Porete brulée en place publique en 1310 avec son livre : « Le miroir des simples âmes anéanties » dont est extrait le passage qui suit :

« Ne jamais rien vouloir : telle est la fin de mon œuvre. Car pour autant que je ne veuille rien, je suis seule en lui, sans moi. Si je voulais quoi que ce soit : je serais avec moi et ainsi perdrais-je mon affranchissement. Mais quand je ne veux rien, quand j’ai tout perdu hors de mon vouloir, alors il ne me faut rien : être libre est tout ce que je suis : je ne veux rien de personne !
Tout état quel qu’il soit, n’est que jeu de pelote et jeu d’enfant au regard du souverain état de non-vouloir, auquel se tiennent, sans plus bouger, les êtres libres.  »

Voilà pourquoi cette noble femme fut brulée : simplement parce qu’elle enseignait la doctrine et la pratique du PUR AMOUR, et que les pontifes de la religion organisée n’aiment guère ces mots sulfureux. D’ailleurs j’aurais dû vous prévenir avant de lire ces lignes car non seulement elle a été brulée, son livre également, mais tout lecteur de ce livre était frappé d’excommunication.

La prodigieuse béguine Hadewijch d’Anvers déclare entre autres :
« Sous le couvert des pieux désirs, la plupart aujourd’hui s’égarent et cherchent leur consolation dans les biens inférieurs qu’ils peuvent saisir. Chacun peut s’en rendre compte en lui-même : nous savons si peu souffrir et supporter à tous égards ! Un petit ennui soudain qui nous pique, une médisance, un mensonge que l’on nous rapporte, tout ce qui nous dérobe un peu d’honneur, de repos ou de liberté : comme cela nous blesse vite et profondément !
Comme nous sommes si soigneux de nous-mêmes en toute occasion, prompts à manifester notre volonté, conscients de nos besoins, amants de notre petite personne en tout ce qui lui plaît, avides d’avantages extérieurs et intérieurs. Car tout avantage nous délecte et nous fait croire que nous sommes quelque chose, alors que justement se révèle notre néant ! »

Je pourrais également citer les grands mystiques Soufis et tant d’autres ! Tous  nous renvoient au fait que, quel que soit l’angle sous lequel nous le prenions : le sommet de la recherche est l’anéantissement de l’individu, Ramana le décrit comme tel, Bernard parle de la poupée de sel qui retourne à l’océan,

Il était extrêmement important de le signaler étant donné la tiédeur de beaucoup de chercheurs à notre époque
Mais comme je le précisais plus haut, j’ai mis cette règle de l’anéantissement de soi en fin de mon texte , persuadé que ceux qui arriveraient jusque-là sont de vrais chercheurs ou du moins ont envie de l’être. De ce fait ils ne peuvent être en aucune façon apeurés par cette échéance, qu’au contraire ils attendent de toute leur ferveur, car comme le dit Bernard, CETTE MERVEILLE est au-delà de tout ce que l’on peut imaginer et vaut bien le sacrifice (qui de ce fait n’en est plus un) de notre misérable petit moi.

Car si la Réalisation est une merveille, le chemin à sa manière en est une également et nous éclatons toujours de rire avec Bernard lorsqu’il me dit, après avoir évoqué sa recherche : « Oh c’était super ! Demain je recommence…Ah mince, je ne peux plus…… »

Puisses- tu chercheur bien aimé avoir le virus de cette passion dévorante! Et voici en cadeau pour la fin ce viatique imagé en forme de clin d’œil :

 

 

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