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Le chagrin, la peur de la mort, l’inconstance ne sont pas des excuses!

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Beaucoup de chercheurs avancent sans cesse des excuses pour justifier leur piètre engagement et bien sûr chacun pense que son excuse est imparable et le dédouane de toute remise en question.
Dans le cantique des oiseaux de Farid Attar qui est cette marche symbolique des oiseaux(les chercheurs) vers le Soi(Simorgh), ce problème est évoqué et plusieurs oiseaux viennent se justifier auprès de la Huppe qui leur demande de se mettre en route.
J’ai choisi trois excuses les plus souvent évoquées pour montrer comment elles tiennent peu devant la sagacité de la huppe, habile à déceler les chercheurs touristes !

 

 

 

Excuse du chagrin :
Un autre oiseau lui dit : « huppe de belle foi !
Pas un seul de mes souffles ne fut selon mon gré
Toute ma vie durant, le chagrin m’a rongé
Et j’ai toujours été indigent en ce monde
Mon cœur est immergé du sang de mes chagrins
Chaque atome de moi est recouvert de deuil
Incessamment perplexe et toujours impuissant
Je jure que jamais je n’ai été joyeux
Je ne sais pas que faire de ce chagrin en moi
Je ne sais pas comment entrer dans cette Voie
Si je n’avais en moi cette douleur sans fin
Je serais si heureux de partir avec vous !
Mais que faire de ce cœur lourd de sang et de larmes ?
Maintenant tu sais tout, dis-moi ce qu’il faut faire.

« Tu es ivre d’orgueil, lui répondit la huppe
Immergé tout entier dans tes pauvres passions
Que tes désirs s’exaucent ou ne s’exaucent pas
Ils passent, en un clin d’œil, puisqu’ils sont de ce monde
Tu peux passer ta vie entière sans ces choses
Qui sont choses qui passent dans l’espace d’un souffle
Puisque le monde passe, passe aussi ton chemin
Laisse-le, quitte-le, ne le regarde pas !

CAR QUICONQUE S’ATTACHE AUX CHOSES QUI NE DURENT
SACHE-LE, A UN CŒUR PRIVE DE LA VRAIE VIE.

Et si tu as reçu le malheur en partage
Pourquoi te plaindrais-tu ? Le malheur aussi passe
Or ce qui te paraît la forme d’un malheur
Est en fait un trésor, mais pour qui sait le voir !

Si tu cherches en ce monde ne serait-ce qu’un instant
Le bonheur, c’est que tu rêves ou tu divagues.
Et si tu le recherches, prends bien garde pourtant
D’arriver à bon port au-delà de la mort.
Tu ne verras jamais ici un cœur heureux
Car ce monde n’a pas de place pour le bonheur
Ici, il y a l’ego qui est un feu brûlant
Comment avec ce feu avoir le cœur content ?
Comme un compas, tu peux tourner autour du monde
Tu n’y verras jamais même un point de bonheur.
QUAND TES SOUPIRS EN FLAMME AURONT TOUT CONSUME
RAMASSE TOUTES LES CENDRES ET ASSIED-TOI AU CENTRE

 

 

Excuse de la peur de la mort :
Un autre oiseau dit à la huppe : « Le but est loin
Et moi sans viatique, j’ai très peur de la mort
J’ai une telle peur de mourir, dans mon cœur
Qu’à la première étape je rendrai l’âme, c’est sûr
Quand bien même je serais un monarque entouré
Quand l’heure arrivera, je mourrai sans recours
Celui qui est frappé par l’épée de la mort
A l’épée fracassée et les membres brisés
Hélas, à la puissance si grande qu’elle fût
Il faudra s’arracher, sans épée, démembré ! »

« Petit être impuissant, lui répondit la huppe
Jusqu’à quand te réduire à cette poignée d’os ?
Cette charpente osseuse juste animée de moelle ?
Ne sais-tu pas que ta chère vie, plus ou moins
Se résume à deux souffles?Pourquoi t’y accrocher ?

Ne sais-tu pas que ce qui naît devra mourir
Et qu’on t’a fait venir pour te faire repartir ?
Le firmament entier est un plat renversé
Recueillant chaque soir le sang du crépuscule
Et le soleil, là-bas, son épée à la main
Y fait rouler les têtes tranchées par ses soins
pur ou impur, tu vins dans le monde d’en bas
Comme une goutte d’eau pétrie d’un peu de terre
Et cette pauvre goutte, toute entière douleur
Voudrait se mesurer à l’océan sans fin ?
Même si toute une vie tu diriges le monde
A la fin tu rends l’âme dans un chagrin brûlant.

 

 

Excuse de l’inconstance :

Un autre oiseau encore se plaignit en ces termes :
« Moi je suis de nature un peu efféminée
Et sans cesse je vais d’une branche à une autre
Tantôt libertin, tantôt dévot, tantôt ivre
Tantôt je suis et ne suis pas puis c’est l’inverse

Parfois mes pulsions m’entraînent à la taverne
Parfois mon âme me propulse dans l’oraison
Tantôt sans crier gare, un démon me dévie
Puis soudain vient un ange qui me montre la Voie

Et moi entre deux feux, je reste stupéfait
Que faire au fond du puits qui m’est une prison ?

La huppe répondit : «  tout le monde est ainsi
Un caractère constant est une chose rare
Si chacun était pur dès le commencement
Pourquoi Dieu aurait-il envoyé les prophètes ?

Si du fond de ton cœur, tu persistes à prier
Tu atteindras la paix, lentement, sûrement
Car le jeune poulain doit longtemps se cabrer
Avant de se livrer au calme et à la joie.

Mais dans le four à pain de l’oubli tu demeures
Et tu n’aspires à rien qu’une miche de pain !
Larmes rouges de sang sont les secrets du cœur
Mais manger à l’envi est la rouille du cœur

Si tu nourris toujours le chien qui est en toi
Tu n’es rien d’autre alors qu’une âme efféminée.
Quiconque a éveillé la conscience en son âme
Sait que sur ce chemin il doit compter pour rien

Celui-là en vrai homme, embrasse l’humilité
Et laisse les honneurs à qui veut rester grand.
Si tu veux apparaître comme plus qu’un cheveu
Tu seras pour toi-même bien pire qu’une idole

Si blâmes et louanges pour toi sont différents
C’est que tu es toi-même un fabricant d’idoles.
De tous les rangs du monde, du plus bas au plus haut
Aucun rang n’est meilleur que d’être serviteur
Deviens donc serviteur, cesse tes prétentions !
Deviens homme de Dieu et renonce aux honneurs.

Qui vient dans cette arène avec des prétentions
Devra donner sa tête, renoncer à la vie
Cesse tout simplement de faire le fier-à-bras
Pour ne pas te trouver un jour plus bas que terre.