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L’Anubhavamrita : Partie 4 : Le Vide et le Plein.

Continuons notre exploration du merveilleux texte de Jnaneshwar, si prisé par Nisargadatta et sa lignée.

Après le premier chapitre qui relatait en détails l’identité de Shiva-Shakti, le second qui était un hommage vibrant au Guru, et le troisième qui développait les quatre paroles fondamentales de l’hindouisme, nous rentrons maintenant dans une présentation vertigineuse de : « CELA qui est au-delà de toute présence et de toute absence phénoménale » Ce chapitre une fois de plus est d’une force extraordinaire et incline à la méditation profonde au-delà de tout objet.

Jnaneshwar était un poète, philosophe et yogi Hindou très influent du 13 ième siècle. Il a été influencé par la tradition Nath Yogi, mouvement philosophique de son temps. Il a écrit un commentaire éminent sur la Bhagavad Gita : le Jnaneshwari. La légende stipule que après avoir écrit ce texte, son Guru (par ailleurs son frère) le félicita grandement mais lui fit remarquer qu’il avait écrit un commentaire sur ce que quelqu’un d’autre avait dit et qu’il serait préférable qu’il écrive quelque chose venant de sa propre expérience, c’est ainsi que naquit l’ Anubhavamrita qui est considéré comme l’une des œuvres spirituelles les plus influentes au monde, très prisée par Nisargadatta et les sages de toute sa lignée.

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Chapitre 4 : Le Vide et le Plein.

 

 

1- L’ignorance est transitoire, et c’est la pure connaissance qui prévaut. C’est comme la prévalence de l’état de veille qui subit la nature éphémère de l’état de sommeil.

2- À l’aide d’un miroir, le visage voit sa ressemblance, mais c’est le visage seul qui existe fondamentalement.

3- De même l’ignorance momentanée s’identifie à chaque être sensible, mais fondamentalement, la connaissance essentielle prévaut, autrement ce serait comme un poignard se transperçant lui-même.

4- Celui qui s’enferme dans la maison et y met le feu ne détruit pas seulement la maison, mais lui-même également ; ou, quand un voleur se cache avec son butin et qu’il se fait attraper, il est attrapé avec les biens volés ;

5- Quand un morceau de camphre est allumé, le feu consume le camphre et se consume également. C’est ce qui arrive à la connaissance quand l’ignorance est détruite (par la connaissance).

6- Si l’on avance que, quand l’ignorance est détruite, la connaissance s’accroît proportionnellement et ne diminue pas, la réponse est que cet accroissement même est la cause de la destruction de la connaissance.

7- Quand le carburant d’une lampe est épuisé, la flamme devient souvent plus brillante, avant de disparaître également.

8- La dilatation de la poitrine (d’une femme après stimulation) est l’indication même qu’elle s’aplatira presque immédiatement après (quand la stimulation sera terminée).

9- Les vagues surviennent seulement pour fusionner presque immédiatement dans l’eau ; ou encore l’apparition de l’éclair est l’indication de sa disparition presque tout de suite après.

10- De même, la connaissance consume l’ignorance et s’accroît suffisamment pour garantir sa propre destruction.

11- Le grand déluge, à la dissolution du monde, déferle si amplement que la distinction entre la terre et l’eau disparaît complètement, et qu’il n’y a plus rien qu’une vaste étendue d’eau sans fin partout alentour.

12- Quand le soleil se lève, il n’y a plus de différence entre la lumière et l’obscurité.

13- Quand on se réveille, on est conscient de se réveiller du sommeil, mais ensuite durant la journée, la question de savoir si on est réveillé ou endormi ne se pose pas.

14- De même, quand l’aperception survient, la metanoïa qui en résulte (paravritti) imprègne tellement tout que la distinction entre connaissance et ignorance disparaît en même temps.

15- C’est uniquement en relation à la terre que la lune a des phases, sinon, elle est toujours pleine.

16- Le soleil, ne dépendant de rien d’autre pour sa lumière et n’étant pas soumis à l’obscurité de la moindre source, est unique, et il ne peut être comparé à rien d’autre. (Le soleil n’est concerné ni par le jour, ni par la nuit).

17- De même, l’état de pure connaissance n’est pas altéré par la dualité de la connaissance et de l’ignorance. Il ne croît pas en raison de l’une, ni ne décroît en raison de l’autre.

18- La connaissance pure ne peut pas être consciente d’elle-même ; l’œil peut-il se voir lui-même ?

19- Le ciel peut-il entrer en lui-même ? Le feu se brûlera-t-il lui-même ? Peut-on monter sur sa propre tête ?

20- La vue peut-elle se voir elle-même ? Ou le goût se goûter lui-même ? Un son s’est-il jamais entendu lui-même ?

21- Le soleil s’est-il jamais levé pour lui-même ? Un fruit a-t-il jamais fructifié pour lui-même ? Le parfum s’est-il jamais senti lui-même ?

22- De même, la pure connaissance (ou pure subjectivité) ne peut pas être un objet dont on peut faire l’expérience.

NDLR : Une fois de plus j’attire l’attention sur le mot faux-ami qu’est « La pure subjectivité », employé par Jnaneshwar, car contrairement à nos interprétations habituelles, il n’est pas péjoratif et limitant. Bien au contraire il indique le pur et total retour sur le Soi et s’oppose à l’objectivité extérieure et illusoire. Justement on ne peut plus en faire l’expérience parce que l’on ne peut faire l’expérience que des objets extérieurs.

 23- Si la connaissance peut se connaître elle-même, alors il est certain que cette connaissance (relative) est ignorance.

24- Par exemple, la lumière est l’absence de l’obscurité ; autrement, la lumière n’a aucun sens propre.

25- Si « tout ce qui est » ne peut être déclaré ni présent ni absent, cela ne signifie-t-il pas que « tout ce qui est » est juste « rien » ?

26- (À cette objection ou interrogation, la réponse est) qui (ou quoi) s’interroge pour savoir si « tout ce qui est » doit être le « néant » ?

27- Quiconque (ou quoi que ce soit) en est arrivé à la conclusion du « néant », est forcément présent pour faire cette objection. Nommer « CELA » le néant serait donc un reproche ridicule.

28- Si celui qui éteint la lumière disparaît avec la lumière, qui est là pour savoir que la lumière a été atteinte ?

 29- Si une personne meurt dans son sommeil, qui peut savoir si elle a eu ou non un profond sommeil ?

30- Si on a vu un pot avant qu’il ne soit cassé, on peut dire que le pot a été cassé ; mais si personne n’était présent pour voir le pot non cassé, qui pourra dire qu’il a été cassé ?

31- Le néant ne peut pas connaître le néant ; il faut qu’il y ait quelque chose d’autre pour être conscience de ce néant. Il faut donc qu’il y ait quelque chose au-delà de la présence ou de l’absence, pure présence, pure subjectivité.

32- L’Absolu, le Noumène, ne peut être un objet ni pour soi-même ni pour qui que ce soit d’autre. C’est la raison même de son êtreté.

33- Si un homme se rend dans un lieu peu fréquenté dans une forêt et s’endort, alors personne ne le voit, et lui-même (étant endormi) n’est pas conscient de lui-même.

34- Mais cela ne signifie pas qu’il n’est pas vivant, « Cela » qu’il est, est antérieur à toute pensée conceptualisée, à toute parole.

35- Si pour quelque raison, les yeux ne sont pas capables de voir, cela ne signifie pas l’absence de vue. L’acte de voir est présent, mais il y a conscience que la vision ne fonctionne pas.

36- Si un homme noir (portant des vêtements noirs) est dans une pièce totalement obscure, personne ne peut le voir, et lui-même ne peut se voir, mais en même temps il est conscient de sa présence.

37- C’est ainsi que « Cela qui est » est au-delà de toute présence et de toute absence phénoménale, qui sont toutes deux des manifestations conceptuelles.

38- Quand le ciel n’est pas associé aux quatre autres éléments ( la terre, l’eau, le feu et l’air) il apparaît vide, et il n’est pas un « objet » pour ceux qui le voient, mais il n’est pas « rien » non plus.

39- Quand l’eau se tarit dans une source ou un lac, on ne peut plus voir l’eau sous forme d’eau, mais elle n’est pas devenue non existante.

40- De même, le Noumène, n’est pas concerné par les termes relatifs de présence et d’absence ; il existe, par lui-même, en tant que pure subjectivité.

(NDLR : voir la mise en garde ci-dessus sur le sens du mot subjectivité employé.)

41- « Il » est comme l’état en lequel on n’est pas conscient d’avoir été endormi ni d’être à présent réveillé ;

42- Si un pot est posé sur le sol,  il est associé au sol, mais

43- Que le pot soit là ou non, la terre continue de subsister à part entière, sans tenir compte de l’absence ou de la présence du pot.

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La traduction est issue du livre: Ramesh Balsekar : l’Expérience de l’immortalité : éditions Acarias L’Originel.