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L’Anubhavamrita : Partie 2 : Hommage au Guru !

Je veux tenter quelque chose d’inhabituel (surtout à une époque si inculte et friande de «digests” et de vulgarisations complaisantes) et proposer aux lecteurs de ce site LE TEXTE BRUT DE L’ANUBHAVAMRITA lui-même sans aucun commentaire, afin de permettre à chacun d’explorer selon son niveau LA FORCE ET LA VERITÉ transformatrices de ce texte de 800 ans dont certains passages s’ils sont bien entendus, peuvent provoquer un choc salutaire, un « déclic » comme dit Bernard, qui rapproche de l’autre rive.

Après le premier chapitre qui relatait en détails l’identité de Shiva-Shakti, voici un chapitre essentiel sur l’HOMMAGE AU GURU. Toute personne qui n’a pas eu la grâce de contacter un Guru véritable (Dans ma conception ce titre ne s’applique qu’à un Être Réalisé, donc à très peu de monde contrairement à l’usage commun indien qui l’attribue à chaque enseignant, aussi bien de Yoga, que de danse ou de musique) ne peut certes se faire une juste idée du choc que provoque cette rencontre. Je ne peux que souhaiter à chacun de le vivre un jour, car c’est le moment le plus important de la vie. Et pour qui a connu ce choc et vit dans cette Présence les mots de ce chapitre résonnent avec force et ne sont en rien exagérés. Que chacun aborde ce chapitre avec respect et qui doit être touché le sera.

Jnaneshwar était un poète, philosophe et yogi Hindou très influent du 13 ième siècle. Il a été influencé par la tradition Nath Yogi, mouvement philosophique de son temps. Il a écrit un commentaire éminent sur la Bhagavad Gita : le Jnaneshwari. La légende stipule que après avoir écrit ce texte, son Guru (par ailleurs son frère) le félicita grandement mais lui fit remarquer qu’il avait écrit un commentaire sur ce que quelqu’un d’autre avait dit et qu’il serait préférable qu’il écrive quelque chose venant de sa propre expérience, c’est ainsi que naquit l’ Anubhavamrita qui est considéré comme l’une des œuvres spirituelles les plus influentes au monde, très prisée par Nisargadatta et les sages de toute sa lignée. 

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Chapitre 2 : Hommage au Guru !

 

1- Je m’incline et vénère le Sadguru, qui est comme le printemps dans le jardin des diverses voies de sadhana, qui est le fil qui traverse les affirmations des Maha-Vakya (les grandes déclarations des textes sacrés) et qui, quoiqu’en réalité sans forme, est l’incarnation de la compassion ;

2- Qui répond promptement à toute demande sincère de quiconque est tourmenté par les souffrances de cette vie matérielle ;

3- Qui brise les tempes de l’éléphant de l’ignorance et nourrit le chercheur ardent de perles de sagesse.( Cette image se réfère peut-être à la superstition que le front et les tempes de l’éléphant contiennent des perles).

4- Par un simple clin-d’ œil de la grâce du Guru, la servitude elle-même devient libération, et le chercheur devient le cherché.

5- le guru ne fait aucune distinction entre le grand et le petit quand il offre le don précieux du salut, et il est toujours là en tant que guide désignant CELA, qui est la véritable nature de tous les chercheurs.

6- Par l’aperception de sa véritable nature, le Guru( étant allé au-delà des liens de la conceptualisation), est bien supérieur à Shiva, le plus grand Dieu de l’univers ; par lui-même, il montre au chercheur sa véritable nature comme dans un miroir.

7- C’est par la sagesse transmise par le Guru qu’on peut voir l’unicité sous-jacente dans l’infinie variété de formes des phénomènes qui constituent l’univers manifesté ; une telle sagesse est comme le rayonnement concentré de la pleine lune, qui rassemble la lumière qu’elle diffusait pendant la quinzaine précédente.

8- Tout comme le flot d’une rivière cesse quand elle atteint l’océan, de même toute discipline et tout effort pour la libération cessent quand on rencontre le Guru.

9- Jusqu’à la Rencontre du Guru, celui-qui-voit, voit l’univers comme l’autre ; ensuite la distinction entre soi et l’autre disparaît.

10- Quand le soleil de la grâce du Guru se lève, l’obscurité disparaît.

11- S’étant baigné dans le Gange de la grâce du Guru, on devient si pur, que même le Seigneur Shiva semble impur en tant que pur-concept dans la conscience.

12- En libérant le disciple, le Guru perd son statut de Guru, mais le statut de Guru ne le quitte pas.

13- (Ayant réalisé la véritable nature de l’univers manifesté) le Guru savoure l’apparente dualité entre lui-même et le disciple.

14- Par la grâce du Guru, l’ignorance perd son emprise, et fusionne avec sa contrepartie fondamentale, la connaissance.

15- Quand le disciple essaie de comprendre la connaissance qu’est le Guru, le Guru absorbe le disciple(comme la nourriture habituelle est souillée après avoir été mangée)

16- L’aperception de la vraie signification des paroles du Guru conduit l’individu plus haut que Brahma ; alors que continuer à s’efforcer de devenir Brahma ne sert qu’à abaisser Brahma à la petitesse d’un brin d’herbe.

17- Ceux qui tiennent compte des paroles du Guru peuvent avoir l’impression que leurs efforts produisent des fruits en abondance, mais c’est réellement l’aperception( consécutive aux paroles du Guru) , qui a fructifié, totalement vierge de tout effort du disciple.

18- C’est uniquement quand le printemps de la grâce du Guru survient que le fruit caché dans la jungle des Vedas est clairement perceptible et devient accessible.

19- Dès que survient la compréhension, par le toucher de la grâce du Guru, tout devient favorablement limpide ; le non-manifesté, le manifesté, et l’identité entre les deux. Une telle connaissance est déjà présente, chez le Guru aussi bien que chez le disciple, et il n’est pas question de quoi que ce soit ayant été gagné ou acquis.

20- Le Guru détruit ce qui n’a jamais été là, et par le « capital » de cette étroitesse même, il est devenu le plus vaste, au-delà de toute mesure.

21- Ce qui n’existait pas a été sauvé de la noyade dans des eaux qui n’existaient pas, et donc qui continuent de ne pas exister.

22- L’espace physique qui contient l’univers entier est subtil, mais l’espace mental( la conscience) est encore plus subtil.

23- Ce qui est perçu comme le frais clair de lune, et le soleil brillant, sont juste le fonctionnement du Noumène, dans son expression objective.

24- Quand Shiva endosse le statut de Shiva, il se soumet en même temps à la restriction de la dualité, et donc il a lui aussi besoin de l’aide du Guru, pour réaliser sa véritable nature.

25- Que la lune soit enveloppée dans le clair de lune ne signifie pas que la lune soit différente du clair de lune ; de même, bien que le Guru soit vu dans son apparition physique, il est le Noumène vivant parce qu’il a réalisé sa Vraie Nature ( comme une pièce de tissu pliée qui donne l’impression d’être deux alors qu’il n’y en a réellement qu’une .)

26- Le Guru ( en tant que Noumène) ne se manifeste pas lui-même dans sa Vraie Nature, bien qu’il soit la totalité de tout le potentiel.

27- le Guru ne peut pas être un objet de connaissance, et il ne peut donc pas être compris par des critères logiques.

28- Quand le Guru parle, il parle depuis cet état où, aucun mot ne survient, où même la pensée de dualité est intenable.

29- Le guru n’est soumis à aucune preuve ou référence ( en ce qui concerne sa Véritable Nature), mais cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas.

30- Si par hasard la Vraie Nature du Guru est perçue, la perception absorbe immédiatement le percevant ( celui qui perçoit).

31- Puisque le Guru est sans nom et sans forme, comment donc quelqu’un pourrait-il l’adorer ? Si le Guru est sans la trace d’objectivité et est.

32- Sans nom et sans forme ( on peut l’affirmer), que faire contre le mot « pravittri » qui signifie « l’implication dans l’action » ou « disposition naturelle »

(la réponse est que) Bien que mon Guru soit au-delà de toute dualité relative, son nom indique convenablement son existence nouménale, tant que son corps existe.

33- (par rapport à ce qui a été dit) On peut se demander : s’il n’y a rien d’où « revenir en arrière » (puisque le Guru est sans la moindre dualité), alors comment pourrait-il s’appeler Nivritti ? (nom du Guru de Jnaneshwar)

34- ( la réponse est : ) Le soleil n’a jamais vu l’obscurité, et pourtant on le nomme « l’ennemi de l’obscurité » ; et donc le soleil a été associé à l’obscurité.

35- De la même façon, sur la base de l’unicité de mon Guru, apparaît la multiplicité des phénomènes, comme une sorte de mirage ou d’hallucination qui n’a aucune existence ou nature indépendante autre que celle du Noumène. C’est la Maya de mon Guru, par laquelle les objets substantiels sont perceptibles, bien qu’ils n’aient aucune existence réelle.

36- Ô mon Guru bien aimé, tu rejettes toute chose perceptible comme une simple apparition de Maya, et toi-même étant pure subjectivité, ne peut être aucune sorte d’objet !

(NDLR : Attention à ne pas faire de contre-sens avec ce mot subjectivité qui est souvent employé dans le langage courant pour dire le contraire de ce qu’il signifie là. Dans ce cadre subjectivité se rapporte au Noumène, au sans nom au-delà des phénomènes et donc de l’objet . Au niveau du non manifesté : pure subjectivité et au niveau du manifesté : l’objet.)

 

37- Tu t’es objectivé toi-même dans la phénoménalité, sous des millions de formes et de noms, mais aucune d’elles ne peut être identifiée à toi, parce que tu es l’unicité nouménale.

38- Dans ces circonstances, il est bien difficile de situer ton existence, alors que tu demeures totalement inconscient de quoi que ce soit en ton unicité.

39- Tu n’es pas satisfait tant que tu n’as pas démoli totalement l’identification du disciple à une entité individuelle, de sorte qu’il n’ait même pas la satisfaction d’avoir fusionné avec toi.

40- Le Guru ne peut tolérer aucun nom ou qualificatif qui lui serait attribué, parce que tout nom ou qualificatif a pour contrepartie une référence et devient un concept.

41- Le soleil ne connaît pas du tout la nuit ; un morceau de sel (quand il est plongé dans l’océan) ne peut pas se distinguer de l’océan ; celui qui est réveillé ne peut pas, dans cet état, savoir ce qu’est le sommeil ; quand le camphre est consumé, il ne laisse aucun résidu.

42- De la même façon, le Guru ne laisse aucune trace de son nom ou de sa forme.

43- Si quelqu’un veut se jeter aux pieds du Guru pour le célébrer, il refuse d’être un objet de célébration.

44- De même que le soleil n’a aucune raison de se lever (ou de se coucher) , le Guru n’a aucune raison d’être un objet d’adoration.

45- Le Guru ne permettra à aucun adorateur de faire de lui un objet d’adoration ; on ne peut pas se tenir devant soi !

46- le miroir du ciel ne permettra aucun reflet ; de même, le guru ne permettra pas que quoi que ce soit (comme la relation guru-disciple) perturbe son sentiment d’unicité.

47- Le Guru ne fait aucune distinction entre l’adorateur et l’adoré, à tel point qu’il ne permet même pas à l’adorateur de demeurer comme une entité distincte.

48- Quand l’extrémité d’un dhoti relâché (pièce de tissu portée par les hommes hindous) :

49- Est tirée, tout le reste du dhoti se relâche ; quand on retire le miroir, la réflexion des objets disparaît également, et de même, le Guru dissipe l’individualité, à la fois de l’adorateur et de l’objet de son adoration.

50- Là où il est futile d’essayer d’avoir un aperçu du visage, de quelle utilité est la vue ? S’asseoir aux pieds du Maître est tout ce qui peut être fait. (en termes d’effort)

51- la flamme qui est créée par la combinaison de l’huile et de la mèche ne peut se comparer à la lumière qui survient quand on brûle un morceau de camphre.

52- Quand le camphre et le feu sont combinés, ils finissent par disparaître tous les deux.

53- Une personne voit son épouse en rêve, mais quand elle se réveille, à la fois le rêve et son épouse disparaissent. De même quand je médite sur la nature réelle de mon Guru, à la fois l’adorateur et l’adoré fusionnent l’un dans l’autre, et toute dualité disparaît.

54- Donc, je me prosterne devant mon Guru, mettant de côté toutes les notions de dualité, incluant ces mots mêmes, qui ne peuvent également survenir que dans la dualité.

55- L’Amour du Guru est si merveilleux, si mystérieux, que même quand il est :

56- Au-delà des paramètres des opposés interreliés, il utilise une image dans la dualité pour exprimer son Amour. Sans la moindre relation apparente, le Guru suscite la relation Guru-disciple et pourtant il demeure dans son unicité.

57- Le Guru-Noumène, qui est l’arrière-plan sur lequel on voit l’espace infini qui enveloppe l’univers entier, souffre de l’obscurité de l’absence.

58- L’océan est l’accumulation des eaux (par les rivières), aussi bien que son épuisement par l’évaporation ; de même, le Guru-Noumène est le dépôt des opposés.

59- La lumière et l’obscurité sont des opposés, cependant le soleil, étant lui-même lumière, ne connaît ni l’obscurité ni la non-obscurité.

60- Dans l’état où même le mot UN est inapproprié, peut-il exister la multiplicité ?

61- Donc, dans le mot Guru, il y a implicitement le Guru et le disciple.

62- Tout comme l’or et sa parure sont tous deux de l’or, ou tout comme la lune et :

63- Le clair de lune sont tous deux la lune ; ou comme le camphre et son parfum.

64- Ou comme le sucre et le sucré sont un ; de même le Guru et le disciple sont deux aspects du Guru lui-même.

65- Le miroir projette le reflet du visage, mais le reflet n’est jamais identifié au visage original.

66- Si un homme s’endort dans une forêt peu fréquentée, quand il se réveille :

67- Il est aussi bien celui qui s’est réveillé que celui qui l’a réveillé. De même c’est le Guru qui instruit, et le Guru qui est instruit à travers l’apparente dualité du Guru et du disciple.

68- L’aperception de cette unicité dans la diversité n’est pas possible pour ceux :

69- Qui ont besoin d’un miroir pour voir leurs propres yeux. Le Guru dispense cette connaissance par laquelle le disciple peut voir ses propres yeux sans l’aide d’un miroir.

70- Mon Guru qui se nomme Nivritti (revenir sur ses pas, négation), est nivritti lui-même

71- Et il gouverne au royaume de nivritti à part entière, non en tant que l’opposé interrelié de pravritti, mais dans son unicité, en tant que le Noumène antérieur aux opposés conceptuels interreliés, Noumène et phénomènes.

72- Quand la nuit est terminée, le jour commence. Mais nivritti est là non seulement quand pravitti s’achève, mais il a toujours été là, antérieur à toute conceptualisation même.

73- Un diamant ne brille pas par lui-même, mais en empruntant la lumière de quelque chose d’autre, alors que l’êtreté de Nivritti ne dépend de rien d’autre que de son propre rayonnement.

74- Si la lune pouvait suffisamment s’étendre pour recouvrir le ciel entier, le clair de lune serait-il distinct de la lune ?

75- Donc, s’il n’y a rien d’autre que nivritti, tout ce que l’on peut dire est que la fleur est devenue le nez pour pouvoir sentir son propre parfum.

76- Si la vue pouvait se retourner et voir le visage, serait-il nécessaire de chercher un miroir ?

77- Ou quand la nuit s’achève et que le soleil se lève, est-il nécessaire pour le soleil d’établir son êtreté ?

78- Donc, mon Guru Nivrittinath ne peut pas être un objet de connaissance, mais il est la connaissance même .

79- C’est de cette manière que je m’abandonne à mon Guru Nivrittinath, dont « l’ipséité » est totalement indépendante de tout critère et de tout standard.

80- Jnaneshwar dit que c’est par cet abandon qu’il a remboursé la dette due aux quatre formes de paroles (para ; pashyanti ; madhyama ; vaikhari, les quatre phases depuis le surgissement de la pensée jusqu’à son expression verbale sous forme de mots).

NDLR: Tout ce passage sur la dette des quatre formes de paroles qui semble un peu obscur ici, sera amplement développé dans le chapitre 3 de l’Anubhavamrita.

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