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Simplement le choc de la Pure Présence !

 

J’ai un Ami philosophe qui à la fin de la lecture de mon deuxième livre a eu envie spontanément d’écrire et de me faire parvenir le texte qui va suivre. J’ai trouvé cette analyse, venant de quelqu’un qui n’est pas dans les circuits « balisés » de la spiritualité, intéressante, pour montrer à quel point les perceptions de chacun varient en fonction de sa conscience.
Seul petit bémol que j’introduirais  : même si c’est un effet de style, qui pointe la dérive possible dans une mauvaise réception du livre, je ne pense pas que le terme « jeter le livre à la poubelle » soit entièrement adapté car par expérience  je sais à quel point il est important de lire et de relire les livres essentiels à des moments différents.Bernard aussi a cette même expérience et il me confiait notamment qu’il avait eu un énorme déclic(comme il les appelle) en lisant au moins pour la vingtième fois le livre SOIS de Nisargadatta.
Ce qui me semble intéressant dans cet article c’est que l’auteur ait saisi que ce livre ne devait être en rien une bible au sens normatif du terme, qu’il s’adressait au cœur sous: « le cuir tanné de la logique » et que ses contradictions apparentes n’étaient qu’un ferment, pour permettre au chercheur d’avancer dans sa quête solitaire et déterminée, sans sombrer à aucun instant dans la complaisance consistant à s’appuyer sur « une méthode » préformatée.
Les gens ont beaucoup de mal en fait à accepter les contradictions apparentes des Êtres Réalisés et sont souvent désarçonnés par elles, alors que comme le rappelle l’auteur de ce texte, le fondement de la plupart des témoignages de haut niveau repose sur l’approche apophatique du ni ceci, ni cela. La réalité spirituelle est tellement subtile et complexe qu’on ne peut que l’approcher en disant ce qu’elle n’est pas.
Je voulais préciser que l’écriture de ce livre n’avait pas procédé d’un désir de prosélytisme quelconque, et n’était pas non plus le fruit d’une volonté personnelle. C’était comme une évidence venant du cœur: de ce cœur qui ayant reçu une vibration, un choc bénéfique, avait simplement envie de la répercuter sans but, sans projet. 

Et pour avoir beaucoup réfléchi durant toutes mes années de Zen sur la nature de la « Transmission », j’en suis maintenant rendu à cette constatation simple qu’en ce qui me concerne, la véritable transmission est le partage gratuit de cette onde de choc transmise depuis toujours par la chaîne ininterrompue du cœur , pour nous ramener à la Pure Présence!
Puisse ce livre laisser des traces dans le profond de notre Être,dans: « la crypte du cœur »( comme le dit souvent Bernard) qui est LE LIEU par excellence.
Car au delà des analyses, des commentaires, des compréhensions nécessairement intellectuelles, Bernard me disait qu’il RESTERA A VIVRE A CHACUN, « L’ESSENCE » DE CE QUI A ÉTÉ COMPRIS, RESSENTI,PRESSENTI ET DE CE QUI A PU NOUS FAIRE VIBRER.

 

Le livre d’Alain Jacquemart a été beaucoup commenté: « trésor, pépite, cadeau inestimable »…
Mon sentiment après l’avoir lu est qu’il faut au contraire le mettre tout de suite à la poubelle.
Non pas parce qu’il n’a aucune valeur mais parce que sa seule valeur est relative au contact immédiat et intuitif que les mots qu’il contient parviennent à établir avec votre nature profonde, fut-ce sous forme d’appel lointain, d’écho vague, de piqûre décisive ou de vague chatouillement. Tout est bon à prendre.
Je ne suis pas certain qu’une relecture puisse rendre ce contact plus fort, bien que cela ne soit pas non plus à exclure. Ce que je veux dire c’est qu’il ne faut surtout pas prendre ce livre pour une bible, ou un répertoire de recettes dans lequel puiser quand on a perdu le fil. Soit on reçoit un coup de massue (ou un coup de gong, ou même une simple pichenette du doigt selon le degré de compatibilité, d’affinité ou même d’intimité qu’on ressent avec Bernard Harmand et Alain Jacquemart), soit on ne le reçoit pas. Mais ne pas le recevoir peut être une autre façon de se préparer à en faire l’expérience, plus tard, dans d’autres circonstances. L’erreur consisterait à figer l’ouvrage, à se hâter de le refroidir et de le fossiliser en le faisant crouler sous les jugements, les éloges de circonstances ou les classements théoriques (« il fait partie de… », « cela a été mieux dit par… », « il correspond à… »). Je veux dire par là que c’est un livre qui n’est ni à aimer ni à détester, un livre comme disait Nietzsche, pour tous et pour personne.
Pourquoi faut-il le laisser tomber lui aussi ?
D’abord parce que l’une des richesses de ce livre tient à ses contradictions. Elles sont nombreuses. Et l’un des motifs de questionnements que le livre suscite, tient à la volonté du lecteur de résoudre ces contradictions. « Vous avez dit que… mais pourtant ailleurs vous dites que »: il faut choisir un maître, mais pour mieux s’en détacher; il faut avoir une recherche passionnée et brûlante, mais il n’y a pas de recherche sincère qui ne passe par des moments de doute; il n’y a de parole valable que de cœur à cœur, mais il faut lire et méditer certains témoignages transmis par l’écriture; il faut à tout prix éviter de faire des pratiques, des croyances et des doctrines autant de fétiches à travers lesquels on perpétue involontairement ce que l’on cherche à dépasser, mais les excès, les erreurs et les échecs sont préférables au retrait sceptique et au doute perpétuel; le doute est démobilisateur ; mais il est aussi vital, etc..
Ces contradictions sont en fait le meilleurs moyen de faire pénétrer dans la chair de l’âme, en la réveillant par-dessous le cuir tanné de la logique, le sentiment de l’expérience immédiate et de la présence réelle.
Celle-ci, aucun argument, aucun raisonnement aucune parole même ne peut s’y substituer. Par conséquent la volonté acharnée de résoudre les contradictions du livre n’est souvent que la volonté acharnée de maintenir en vie les raisons de ne pas laisser percer en soi la vie immédiate, dont tout au contraire nous indique la valeur éminente, comme le plus sûr chemin et le plus sûr indice de la réalisation (disons la plongée définitive dans la vastitude du Je primordial, antérieur aux identifications).
Il n’y a donc aucune contradiction profonde, mais des contradictions de surface qui nous éblouissent comme les reflets du soleil sur la mer, et qui n’appellent en réalité qu’une seule attitude: plonger dans la mer et traverser d’un coup d’un seul le voile des contradictions reflétées par le langage, pour atterrir d’un coup d’un seul au fond de l’eau sous la surface. Même quand on est loin d’avoir l’envie ou la capacité de faire ce plongeon (la falaise est trop haute, l’eau est trop froide, le maillot n’est pas assez seyant !) la seule aide qu’on peut recevoir parfois, n’est pas un long discours qui nous explique que le saut est sans danger, et que le plaisir qu’on en retire est infini, mais l’exemple de quelqu’un qui saute avant nous et qui nous explique ensuite ce qui s’est passé en parlant depuis les profondeurs. C’est un peu les prisonniers de la Caverne que s’efforce de libérer le seul qui en soit échappé.

Quant aux contradictions qu’on perçoit dans le livre, je pense qu’on pourrait les comparer à la peur qu’on éprouve quand on se demande si la personne derrière nous va nous pousser délibérément pour nous forcer à faire le saut. Sans doute les maîtres qui se retirent et semblent abandonner leurs disciples, les phrases-couperet qui mettent à bas d’un seul coup les diverses certitudes, les violences apparentes dans les mots et les discours dont quelquefois Bernard ne se prive pas, pourraient être la préfiguration de ce geste qui consiste à pousser quelqu’un contre son gré. Mais la préfiguration seulement, car jamais un bon maître-nageur, ni un bon maître tout court, ne contraindrait quelqu’un à sauter dans l’eau. Ce serait céder à l’illusion de faire le saut à la place de l’autre; ce serait aimer l’autre contre son gré, une erreur de toutes les religions. Ce n’est pas de cela dont il s’agit ici. Les contradictions du livre d’Alain qui hérissent notre poil logique nous font sentir à chaque fois d’un peu plus près le frisson de la présence pure, de la chair nue de la vie. Il faut donc les recevoir comme des invitations plutôt que les dénoncer comme des défauts. C’est même la partie la plus importante du livre, sa partie positive.

Sa partie négative est tout aussi importante, Mais tout aussi désarmante: il n’y a pas de méthode unique, de voie privilégiée, de vérité absolue. C’est à chacun d’identifier (une dernière fois) les nécessités où sa vie le plonge et qui lui indiquent très clairement ce qu’il y a à faire. Une des constantes du livre consiste à souligner une autre contradiction encore: il n’y a rien à faire mais il y a tout à faire. Il n’y a rien à faire en effet, au sens où il n’y a pas besoin de s’engager sur une voie, de suivre une pratique, de se contraindre à une ascèse si l’on n’en ressent pas le besoin impérieux, implacable, au point qu’on ne peut de toute façon faire autrement à ce moment-là.
Mais c’est plutôt le feu qui alimente la voie, la pratique ou l’ascèse, qui, à ce moment là, conduit à se dépouiller de soi-même. Beauté de la religion chrétienne quand elle dépossède le croyant des oripeaux de l’égoïsme, mais horreur de la religion chrétienne quand elle ne fait que mimer cette dépossession; beauté du bouddhisme quand il détruit les idoles, mais horreur du bouddhisme quand il en construit de nouvelles. Il n’y a pas à espérer dans les religions autre chose que ce que nous y mettons nous-mêmes et dont la valeur dépend de l’intensité de notre propre investissement.
Celui qui se lance à corps et cœur perdu sait qu’à la fois il n’y rien à faire (sa certitude de la voie lui ôte toute forme de doute, lui ferme toute possibilité d’alternative, le lance comme une fusée sur des rails, où il n’y a plus rien à faire que les suivre), et, aussi, qu’il y a tout à faire (atteindre la lune pour la fusée).
De ce point de vue ce qui compte, c’est l’élan du cœur, c’est-à-dire la réserve d’énergie de la fusée, et pas du tout la « marque » de la fusée, savoir si elle est issue de la NASA ou d’Airbus industrie. Cela nous permet peu à peu, comme dit la théologie, d’élaborer une voie apophatique: dire ce que Dieu n’est pas et non pas ce qu’il est.
De la même façon, la voie, ce n’est ni le christianisme, ni le bouddhisme, ni la non-dualité, ni, ni, ni…
Que reste-t’il ? La porte étroite vers soi-même dont chacun possède pour soi-même la clé. Il me semble que pour la trouver, une qualité est requise, que ce livre nous encourage très puissamment à cultiver:
L’ABSENCE TOTALE DE COMPLAISANCE. Et la capacité à s’orienter vers LE SENTIMENT DE LA PURE PRÉSENCE.
Il y a naturellement bien des éléments qui peuvent nous y aider: toujours revenir vers le sentiment du soi, de la présence en soi de cette présence autour de soi, qu’on appelle Je, Conscience, origine des identifications et des pensées de l’individu. C’est là le sens du titre: quand on souffre de quelque chose, quand on s’attache à quelque chose, quand on colle à quelque chose, revenir toujours à ce qui est antérieur logiquement, chronologiquement et ontologiquement à cette identification, qui la surplombe, la permet, et la dépasse.
Il faut retourner à cette source, un peu comme la mer qui regarde la plongeur du haut de sa falaise et lui fait signe de le rejoindre.
Au lieu de quoi on peut s’étendre sur la plage et lire au soleil le livre d’Alain Jacquemart. Je suis sûr qu’il préférerait qu’on le jette et qu’on fasse le plongeon !