• images
  • 10 h 03 min
  • images
  • Pas de commentaire.

Quelques mises en garde sur le témoignage de Ramana : Pure merveille mais à déguster avec une ferme détermination.

 

Ramana Maharshi comme le dit souvent Bernard n’a pas « un enseignement » particulier et il ne fait que témoigner de l’expérience de Réalisation qu’il a vécue très jeune, en essayant de mettre en lumière les convergences possibles de cette expérience avec les textes sacrés traditionnels.
Bernard précise également que Ramana n’a pas été un chercheur et qu’il n’a jamais fait de sadhana (c’est-à-dire de recherche spirituelle intense). On pourrait dire familièrement qu’il est tombé dans le chaudron très jeune et qu’ensuite sa solitude dans les grottes d’Arunachala, a été nécessaire pour intégrer en quelque sorte la puissance de sa Réalisation, vécue jeune, et pour laquelle il n’était pas préparé. Rappelons que comme le disent Ramana et Bernard : la Réalisation n’est en aucun cas un concept intellectuel, un état auquel on accède, mais que c’est :
UN BOULEVERSEMENT RADICAL qui est au-delà des trois états : veille, rêve et sommeil profond.
Ramana disait que c’était comme un éléphant qui rentre dans une hutte, et Bernard rajoute non sans humour : « en ce qui me concerne j’avais l’impression que c’était tout un troupeau ! »

Le premier point important que je désire soulever, c’est donc une mise en garde pour les chercheurs sérieux, afin qu’ils ne se méprennent pas sur la nécessité d’une recherche intense, passionnée, et ne se reposent pas trop vite sur des expériences, telles que celle de Ramana, car la quasi-totalité d’entre nous (ce n’est ni bien, ni mal) est loin d’avoir le profil de naissance de Ramana, et c’est un euphémisme !

Il suffit pour s’en convaincre de rappeler simplement un des enseignements fondamentaux du grand Shankara, maître fondateur et représentant de l’advaïta- vedanta, qui vécut au huitième siècle et qui redonna toute sa vigueur à l’hindouisme, qui avait été battu en brèche pendant quelque temps par le Bouddhisme, qui lui-même avait bouleversé quelque peu un hindouisme devenu trop ritualiste.

Selon Shankara:
LES QUATRE QUALIFICATIONS ESSENTIELLES POUR LE CHERCHEUR SPIRITUEL SONT :

1) LA DISCRIMINATION : c’est-à-dire la capacité de discriminer entre ce qui est permanent et ce qui est impermanent.

2) LE DÉTACHEMENT : c’est à dire l’absence des désirs pour les plaisirs dans ce monde ou dans un autre monde. Le détachement envers la jouissance du fruit des actions.

3) LES SIX RICHESSES INTÉRIEURES :
-Tranquillité mentale.
-Pacification des sens.
– Observance du devoir.
– L’endurance.
– La confiance dans les paroles de son Guru.
– La concentration.

4) LE DÉSIR INTENSE DE LA RÉALISATION SPIRITUELLE : Il peut se comparer dit Shankara, au désir de sauter dans une mare qu’éprouve celui dont la chevelure a pris feu. Au douzième siècle le grand maître zen Dogen reprenait l’image : « comme si un feu vous brûlait sur la tête » et Bernard dit « quelqu’un à qui on a plongé la tête sous l’eau et qui essaie à toute force de reprendre son souffle ! ».

Je pense que tous les dévots de l’école, dominante de nos jours, du « IL N’Y A RIEN À FAIRE ! » ont déjà fui, horrifiés, à la lecture de ces pages, mais pour ceux qui restent, vous pouvez voir à quel point cette Réalisation n’est pas une mince affaire, c’est le but d’une vie, en lequel on doit mettre tout son Amour, son énergie, sa détermination.

Mais attention ma mise en garde, préalable et nécessaire, vu le laxisme ambiant, et la nécessité de redonner toutes ses lettres de noblesse à la vraie recherche, ne signifie pas qu’il faille basculer dans le sens de la rigidité conventionnelle et étouffante des religions et des croyances.
Il faut certes retrouver sa liberté, entièrement nécessaire pour mener à bien sa recherche et ce n’est pas antinomique, bien au contraire, avec la prise de conscience de tout ce qu’il reste à faire, ceci ne devenant plus une corvée mais une tâche exaltante, qui nous remplit de joie, quelque soient les difficultés à traverser.

Donc bien sûr l’expérience de Ramana et ses réponses restent une merveilleuse source d’encouragement et de stimulation pour notre recherche. Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas nés comme Ramana, que nous devons négliger ses précieuses paroles. Notre passion et notre détermination vont au contraire nous permettre de mieux les comprendre et les utiliser selon là où nous en sommes.

Si Ramana n’a pas à proprement parler d’enseignement particulier, on arrive tout de même à dégager grosso modo, d’après son expérience et ses dires, deux lignes de conduite possibles pour le chercheur selon ses conditionnements personnels. Dans les deux cas le but reste le même : cesser de s’identifier au mental.
Pour ce faire il propose donc deux possibilités

– Soit s’en remettre totalement à Dieu, en s’oubliant soi-même, ce qui correspond en gros en Inde à la voie de la Bhakti c’est-à-dire de la dévotion, dans laquelle l’amour que l’on a pour le Guru ou la divinité révérée, nous fait nous oublier nous- mêmes et fondre peu à peu dans l’objet de notre Amour. L’amour particulier comme dit Bernard se fond dans l’Amour total.

– Soit observer en soi, d’où vient celui qui dit « je », en essayant de trouver sa source et ainsi arriver au même résultat.
Ayant bien pris soin de montrer dès le départ, la rigueur nécessaire dans notre recherche je peux me permettre maintenant de citer Ramana, qui d’une certaine façon montre la limite des rites et des croyances :

« Une vie réglée, comme se lever à une heure précise, se laver, faire du japa (récitation de mantras), observer des rituels etc., tout cela est pour ceux qui ne se sentent pas attirés par la recherche du SOI ou n’en sont pas capables. Mais pour ceux qui sont en mesure de pratiquer cette méthode, les règles et les disciplines ne sont pas nécessaires.
Plus vous restez fixés dans LE SOI, plus les autres pensées s’effaceront d’elles-mêmes. Le mental n’est rien d’autre qu’un tas de pensées, et la pensée : « je » est la racine de toutes ces pensées. Quand vous découvrez qui est ce « je » et d’où il provient, toutes les pensées se fondent dans le SOI. »

On a donc déjà une indication fondamentale de Ramana pour orienter sa recherche et pour bien caler les choses il met de suite hors-jeu les gens qui ne croient en rien et ramène le chercheur à lui-même par cette réponse lumineuse :

Question : Mais les matérialistes disent qu’il n’existe ni Dieu, ni Soi !

Ramana : Qu’importe ce que disent les matérialistes ou d’autres. Ne vous préoccupez pas du SOI ou de Dieu. Vous-même existez-vous, oui ou non ? Quelle est votre idée de vous-même et qu’entendez-vous par « je » ?

Questionneur : Je comprends que le « je » n’est pas mon corps, mais quelque chose à l’intérieur de mon corps.

Ramana : Vous concédez alors que le « je » n’est pas le corps mais quelque chose à l’intérieur du corps. Voyez alors d’où s’élève le « je » dans le corps. Voyez s’il apparaît et disparaît ou s’il est présent en permanence. Vous allez admettre qu’il y a un « je » qui se manifeste dès que vous vous réveillez, qui perçoit le corps, le monde et tout le reste, et qui cesse d’exister quand vous dormez ; et ainsi qu’il y a un autre « je » qui existe indépendamment du corps et qui est toujours là, même quand le corps et le monde n’existent pas pour vous, par exemple dans le sommeil profond.
Demandez-vous alors, si vous n’êtes pas le même « je » dans le sommeil et les autres états ? Existe-il deux « je » ? Vous êtes toujours la même personne.
Alors lequel des deux est le « je » réel, celui qui apparaît et disparaît, ou celui qui est là en permanence ? Ainsi vous découvrirez que vous êtes le SOI et que celui-ci n’est pas un état qui vous est étranger ou qui est loin de vous et que vous devez atteindre. Vous êtes toujours dans cet état, mais vous l’oubliez et vous vous identifiez au mental et à tout ce qu’il créé.
Vous devez simplement cesser de vous identifier au mental.
Nous nous sommes depuis si longtemps identifiés au non- Soi, qu’il nous est difficile de considérer que nous sommes le Soi. »

Ce qui est fondamental dans ces paroles c’est qu’elles ramènent réellement à l’unité, à la véritable non-dualité, et pour lui donner encore plus de poids Ramana fait une merveilleuse réponse sur l’état témoin, dans lequel trop souvent nous réintroduisons subrepticement une dualité sans y prendre garde

Question : Faut-il être un témoin ?

Ramana : « Quand on parle de témoin, cela ne doit pas donner l’idée qu’il y a un témoin et quelque chose séparé de lui dont il témoigne. Par témoin, il faut plutôt entendre la lumière qui illumine celui qui voit, ce qui est vu et le processus à voir. LA LUMIERE EXISTE AVANT, PENDANT ET APRES CETTE TRIADE.ELLE SEULE EXISTE EN PERMANENCE. »

Ces précisions importantes étant faites, Ramana peut attaquer la vraie question de la recherche de la source du « je » que des lecteurs, un peu trop pressés de Ramana, assimilent trop vite à une simple invocation de perroquet du « qui suis-je ? ». Mais ce genre de psittacisme ne mène pas très loin et fait retomber dans le diktat étouffant des normes religieuses, car ce n’est pas en se répétant bêtement : « Qui suis-je » que l’on va Réaliser. Donc Ramana va nous éviter cet écueil en précisant bien ce que n’est pas la recherche :

Question : Mais comment faire la recherche : « Qui suis-je ? 

Ramana : « Trouvez d’où s’élève le « je ».
Mais cette recherche ne consiste pas à argumenter ou à raisonner, comme par exemple à se dire : « je ne suis pas ce corps, je ne suis pas les sens », tout cela PEUT AIDER, MAIS CE N’EST PAS LA RECHERCHE. OBSERVEZ OÙ DANS LE CORPS LE « JE » S’ÉLÈVE ET FIXEZ VOTRE ESPRIT SUR CELA.
Méditation veut simplement dire se concentrer, ou fixer le mental sur l’objet de la méditation.

MAIS LA MÉDITATION EST NOTRE NATURE VÉRITABLE : SI NOUS ABANDONNONS LES AUTRES PENSÉES, TOUT CE QUI DEMEURE EST LE « JE », ET SA NATURE EST MÉDITATION OU JNANA, QUEL QUE SOIT LE NOM QUE NOUS LUI DONNONS.
CE QUI EST LE MOYEN À UN MOMENT DEVIENT LE BUT PLUS TARD.

Si la méditation n’était pas de la nature du SOI, elle ne saurait pas vous amener au SOI. Si le moyen n’était pas de la nature du but, il ne pourrait pas vous mener au but. »

Ceci tempère quelque peu les affirmations que nous lisons parfois et qui sont justes, sur le bâton du bûcher funéraire que l’on doit jeter quand il a servi (exemple repris par Bernard) ou l’exemple du Bouddha : le radeau qui sert juste à passer sur l’autre rive et que l’on peut abandonner lorsque l’on y a accosté. Ce n’est pas contradictoire mais je trouve personnellement que la vision de Ramana apporte aussi un réconfort au chercheur qui peut se dire dès le départ que déjà dans les outils employés il y a la nature de ce qu’il recherche : comme un parfum qui lui donne un avant-goût de l’éternité ! De même comme le dit Bernard que l’amour humain est une préfiguration de l’Amour total. C’est important de préciser cela car des chercheurs sont parfois découragés en plaçant un idéal trop haut, et comme ils s’en sentent encore éloignés, trouvent cette excuse, pour rejeter toute recherche. Il faut donc garder la Foi en son chemin et savoir que dès le départ il est la préfiguration du But à atteindre.

Ensuite Ramana aborde à mon sens un point essentiel, rencontré par beaucoup de chercheurs et ses explications claires apportent un réconfort réel au voyageur : c’est le problème du VIDE, qui mène certains chercheurs au renoncement ou à la dépression, alors qu’en fait il est à relativiser au même titre que le « trop plein » des visions ou des extases. En ce sens ce passage est fondamental, à lire et relire :

Question : mais quand je recherche le « je », j’arrive à un état de vide, comment puis-je poursuivre à partir de ce moment-là ?

Ramana : « PEU IMPORTE QUE VOUS AYIEZ DES VISIONS, DES SONS, OU AUTRE CHOSE OU QU’IL Y AIT UN VIDE : ÊTES VOUS PRÉSENT PENDANT TOUT CELA OU NON ?
Vous avez dû exister même pendant votre expérience du vide, sinon vous ne pourriez pas en parler. Gardez votre esprit fixé sur ce « vous » et la quête du « je ».
Dans tous les livres du vedanta vous pouvez trouver cette question sur le vide que les disciples posent à leur Guru.
C’est le mental qui perçoit des objets et fait des expériences, PUIS TROUVE UN VIDE QUAND IL CESSE DE PERCEVOIR OU DE FAIRE DES EXPÉRIENCES : MAIS CE N’EST PAS « VOUS ».
Vous êtes la lumière permanente qui illumine non seulement les expériences, mais aussi le vide.
C’est comme la lumière du théâtre qui permet de voir la scène, les acteurs et le déroulement de la pièce, mais qui reste encore allumée quand la pièce est terminée, permettant ainsi de savoir qu’il n’y a plus de représentation.

Voici un autre exemple, nous voyons des objets autour de nous ; dans l’obscurité totale nous ne sommes plus capables de les voir ; nous disons alors : « je ne vois rien » ; portant les yeux sont là pour dire qu’ils ne voient rien. PAREILLEMENT, VOUS ÊTES TOUJOURS PRÉSENT DANS LE VIDE DONT VOUS PARLEZ.

Vous êtes le témoin des trois corps : grossier, subtil et causal ; des trois états : veille, rêve et sommeil profond ; des trois temps : passé, présent et futur, ainsi que de cette vacuité ; Rappelez-vous de l’histoire du dixième homme, dans laquelle après avoir passé une rivière chacun compte le nombre d’hommes présents, mais comme chacun oublie de se compter soi-même, ils pensent qu’ils ne sont que neuf et sont désespérés qu’il manque un homme, et ils ne savent pas qui.

C’EST EXACTEMENT PAREIL AVEC LE VIDE. Nous sommes si habitués à l’idée que tout ce que nous voyons autour de nous est permanent et que nous sommes le corps, que quand tout cela cesse d’exister, nous nous imaginons ne plus exister nous-mêmes, et nous avons peur !

MAIS LE SOI OU CELA PAR LEQUEL SONT PERÇUES TOUTES LES MODIFICATIONS (Y COMPRIS L’EGO ET TOUTES SES CRÉATIONS) AINSI QUE LEUR ABSCENCE (LE VIDE), EST LÀ EN PERMANENCE.
La nature du Soi, ou « je », doit être la lumière. Vous percevez toutes les modifications et leur absence. Comment ?

Dire que vous recevez la lumière d’un autre amènerait à se demander d’où il l’a reçue lui-même et il n’y aurait pas de fin à cette chaîne de raisonnements.
VOUS ÊTES DONC VOUS-MÊME LA LUMIÈRE
L’exemple courant à ce propos est le suivant : vous préparez avec divers ingrédients toutes sortes de sucreries aux formes diverses. Elles ont toutes un goût sucré car elles contiennent du sucre et la saveur sucrée est la nature même du sucre.

De même toutes les expériences, comme aussi leur absence, contiennent la lumière qui est la nature même du SOI. Sans le Soi ces expériences (ou leur absence) n’existeraient pas, tout comme sans sucre, aucun des plats que vous préparez ne peut avoir une saveur sucrée.

D’ABORD ON VOIT LE SOI COMME OBJETS, ENSUITE COMME VIDE ET PUIS COMME LE SOI : C’EST SEULEMENT DANS CETTE DERNIÈRE ĖTAPE QU’IL N’Y A PAS DE « VOIR » CAR VOIR, C’EST ÊTRE ! »

Quelle pure merveille ô lecteur que ce témoignage, déguste le sans restriction et surtout mets le en pratique.