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Des caricatures à l’Amour véritable: du don de l’oeuf au don du coeur !

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Tu veux mon oeuf ?

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Ou mon cœur ?

Personne ne contestera que le sens du mot Amour est de nos jours totalement dévoyé . De ce fait et malheureusement, on a honte de l’employer alors qu’il représente la base essentielle de tout enseignement spirituel authentique. La meilleure illustration de cela est la phrase de notre chère Élisabeth de la Trinité disant à la fin de sa vie : « Il faut tout faire par Amour : au seuil de la vie, seul l’Amour demeure. ».

Comment a- t-on pu dénaturer à ce point ce mot , de telle sorte qu’on l’emploie indifféremment pour dire j’aime les pommes de terre ,j’aime Dieu, j’aime que l’on me fiche la paix ou pire : je fais l’Amour, ce qui au passage est une expression terrifiante : comment peut-on faire l’Amour à une personne ? On ne peut au mieux qu’être rempli par l’Amour et si c’est le cas, les gestes appropriés suivront, mais faire l’Amour est une expression si stupide, si dégradante, si prétentieuse que je me demande encore comment on peut l’employer sans frémir.

Non content de le dénaturer dans les mots, ce qui serait un moindre mal, nous le dénaturons, et c’est plus grave dans ses mises en acte, dans toutes les maladresses qui dénotent à quel point il nous est si difficile d’aimer véritablement , et cela pour moi, est exprimé entre autre et de manière très comique par l’expression « tu veux mon œuf.. ? »

Mais que peut bien recouvrir cette expression saugrenue? Malgré son profil comique, elle cache une philosophie profonde au sujet de l’Amour et de ses contrefaçons. De manière à ce que vous puissiez bénéficier aussi quelque peu de cette hilarité, dont il serait par trop cruel de vous priver, ( l’humour étant devenu si nécessaire dans ces temps sombres), je vais vous conter l’histoire de la naissance de cette expression, souvent utilisée avec mes amis, qui à chaque fois que je l’évoque s’en réjouissent, et se la sont même appropriée . N’hésitez pas à faire de même car je n’ai déposé aucun droits d’auteur ! Et puis entraînez vos dons d’acteur pour la rendre comique et irrésistible quand vous la prononcez, car il est extrêmement difficile d’en exprimer le sens au niveau de l’écrit, elle nécessite plutôt des dons d’acteurs et d’être mise en scène verbalement.

Nous faisions une retraite dans une communauté religieuse et nous partagions le repas. J’étais encore jeune à l’époque et avais bon appétit, d’autant plus que ce genre de communauté ne nous laissait pas inactif, et que de nombreuses calories étaient dépensées au travail manuel ! Ma voisine de table déjà d’un certain âge, et membre de longue date de la communauté, voyant que mon assiette fut rapidement engloutie et qu’il ne restait plus grand-chose dans les plats, me dit sur un ton empreint de 20 siècles de dolorisme chrétien, et d’une lourde obséquiosité culpabilisante qui aurait dégoûté le plus affamé des hommes, même après 15 jours de jeûne : «  Tu veux mon œuf ? » et joignant le geste à la parole ,avant même que j’ai pu dire quoi que ce soit, déposa au fond de mon assiette, avec autorité, ce don du ciel et de la poule, destiné par décret divin à régénérer le frère en Christ que j’étais ! Je me sentis mal à l’aise alors que pourtant ce don était censé me combler.

Vous pensez que j’exagère ? D’aucuns se disent déjà : « Quelle méchanceté chez cet homme alors que cette pauvre dame s’est privée de son œuf pour lui, quelle abnégation d’un côté et quelle ingratitude de l’autre ! »

Bonjour les hypocrites ! N’avez vous jamais ressenti le poids de cette lourde intention qui se veut de l’Amour et qui est en fait ce genre de cadeau empoisonné que l’on vous fait pour se donner bonne conscience et qui n’est en rien empreint d’Amour, car l’Amour véritable se ressent immédiatement au fond du cœur , il ne dégoûte pas , il ne dégouline pas,il n’alourdit pas, il ne fait pas peser la culpabilité, il ne rend pas redevable de quoi que ce soit. N’avez vous jamais ressenti cet Amour style : « tu veux mon œuf » au travers des expressions similaires et décapantes telles que par exemple : « après tout ce que j’ai fait pour toi ! » et le redoutable : « Mais c’est pour ton bien ! » ?

En fait tant de sentiments que l’on appelle Amour ne sont que des caricatures et de ce fait provoquent chez ceux à qui ils sont destinés de lourds dommages, le pire étant qu’ils sont faits avec bonne conscience et que leurs auteurs non seulement ne voient pas le mal qui est fait mais en plus revendiquent avec force une attitude juste et humaine.

Il est absolument anormal qu’un geste qui se dit être de l’Amour puisse gêner, faire mal en quoi que ce soit. Quand un être humain est véritablement aimé,non seulement il n’éprouve aucun malaise mais en plus il ressent en profondeur une chaleur, un bien-être qui magnifie ses ressentis et augmente son énergie.

Il faut absolument se faire confiance, dépasser toute crainte de déplaire et de culpabilité, et avoir l’audace et la sagesse de rejeter les « faux bons sentiments », le faux amour, celui qui détruit au lieu de régénérer , celui qui décime les populations pour les convertir au nom du Christ ou d’Allah ou de Bouddha, car ne vous y méprenez pas, si j’ai fustigé dans mes explications un certain christianisme, aucune religion n’est en reste et même chez les Bouddhistes que j’ai bien connus et soi-disant pacifiques des meurtres également ont été commis au nom de l’Amour .De célèbres psychanalystes ont démontré avec justesse à quel point souvent les grands sentiments humanitaires recouvraient une violence refoulée considérable.Ce n’est pas parce que je veux bien faire que je fais du bien si mon soit disant bien est sous tendu par des frustrations confuses qui gisent au fond de moi-même.

Mon premier Maître Lanza del Vasto m’avait largement éclairé sur les déviations du pseudo-amour quand il prenait cet exemple limpide du chevalier servant et de sa dame pour laquelle il éprouve soi-disant un si grand Amour qu’il est prêt à tout faire pour elle…Et voici, simplement, qu’un autre homme se met à regarder de trop près sa femme si jolie, alors ivre de colère, il tue l’homme et la femme . Non seulement il tue ce que soi-disant il aime le plus au monde mais également un autre bougre qui n’y est pour rien et dont le seul défaut est d’avoir trouvé beau ce qui l’était : résultat des courses : deux morts ! Alors il était où l’Amour là dedans ?

Crimes au nom de Dieu, crimes passionnels, mais c’est quoi cet Amour qui fait tant de mal ?

Et pour nous en rajouter une couche dans la confusion et la culpabilité on nous enseigne depuis 20 siècles qu’il « faut aimer son prochain comme soi-même », qu’il faut tendre l’autre joue, de là, à donner son œuf il n’y a qu’un pas, vous voyez ce que je veux dire ?

On pourrait d’ailleurs faire une synthèse harmonieuse de tout cela et dire au terroriste qui vient de massacrer au Nom D’Allah, un gentil : « Tu veux mon œuf ? » Comme cela il pourrait reprendre des forces, car cela doit être épuisant de consacrer autant d’énergie à Dieu ! »

Soyons sérieux : pouvez-vous sincèrement aimer Hitler comme vous-même, comme votre propre enfant? Quelle absurde hypocrisie ! On transforme cette injonction basique et évidente d’empathie nécessaire qui signifie en gros : ne faîtes pas aux autres ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fasse, en une absurdité contraignante qui nous pousse à des sommets d’hypocrisie.

Il est tellement évident que tant que l’on en reste au stade du « je », on ne peut apprécier, voir, l’autre qu’à travers son propre conditionnement, ce qui fait donc déboucher chacun selon ses propres déterminants génétiques, psychologiques et sociaux sur des attirances ou des répulsions ou des sentiments neutres d’indifférence.

De ce fait, si on reste « je »,il est obligatoire que l’on ait toujours certains ennemis, certains amis et certaines personnes qui nous laissent indifférents.Il est donc quelque part impossible de changer son ennemi, sinon par définition il ne serait plus notre ennemi et l’attitude la plus spirituelle, me semble t-il, est peut-être de respecter notre ennemi en tant qu’ennemi, avec les valeurs qu’il a inévitablement développées : d’où l’enseignement de la Bhagavad-Gîtâ, qui, si il est bien compris, conseille d’aller combattre son ennemi sans être identifié, parce que la fonction cosmique d’un ennemi c’est bien d’être combattu, n’est ce pas? Celle d’un procureur de la République c’est d’être à charge et celle d’un avocat de défendre, même l’innommable.

Funeste époque où chacun n’a plus à cœur de simplement remplir sa fonction.

Donc aimer son prochain comme soi-même au niveau relatif de nos individualités est une absurdité. En revanche si on se place au niveau absolu, on peut concevoir que cet Amour véritable, évangélique si je puis dire, ne se passe plus entre deux egos limités mais entre des personnes qui se sont en quelque sorte dépouillées de leur ego, pour se brancher sur la source profonde et commune à tous qui est le Soi, ou Nature de Bouddha ou de quelque nom qu’on lui donne. A ce moment là il y a en effet pur Amour puisque le Soi est Amour sans conditions !

Mais avouez que nous sommes là très éloignés de la caricature du « tu veux mon œuf ? » et que pour atteindre ce stade il ne suffit pas de rester les bras croisés sur l’autoroute comme dit souvent avec humour Bernard.

Devenir chercheur spirituel nous invite à délaisser le don de l’œuf pour celui plus exigeant du cœur et cela ne s’improvise pas, ne se commande pas,il y faut une connaissance de soi qui se perfectionne chaque jour ,car le véritable amour, ne se décide pas avec l’intellect, avec la volonté, aucune mère ne « veut » aimer son enfant : elle l’aime ou ne l’aime pas !

Et le pseudo amour empreint de volonté, de bonne conscience, ne peut être qu’un poids pour celui à qui on le destine. Le vrai Amour qui jaillit du cœur vers quelqu’un qui a appris à se connaître soi-même(Socrate, Ramana, Élisabeth de la Trinité, Bernard) est un pur don qui régénère parce qu’étant absolument gratuit, il ne demande rien en retour .

Et on ne s’y trompe pas, sentez la légèreté qui vous anime auprès de quelqu’un qui vous aime réellement ,sans même parfois vous le signifier par des mots.

En revanche sentez la lourdeur qui vous oppresse face à quelqu’un qui est englué dans ses frustrations et ses manques et qui pourtant vous dit des « je t’aime » à longueur de journée.

Puissions nous sans relâche nous améliorer sur ce chemin de l’Amour, puissions nous n’avoir plus d’œuf à proposer mais un cœur qui déborde au-delà de tout vouloir : simplement : POUR RIEN !

Donc à vos exercices : la prochaine fois que quelqu’un vous oppresse par son amour dégoulinant dîtes lui avec l’intonation nécessaire un magistral : « Tu veux mon œuf ? », il ne comprendra rien mais vous aurez au moins gagné un moment de franche rigolade et si vous lui voulez du bien, faîtes lui la transmission de l’histoire racontée ci-dessus, c’est un mantra sacré que je délivre : pour rien ! Alors ouvrons la chaîne de transmission du mantra : « tu veux mon œuf ? » !

Ce moment d’humour est un énergique plaidoyer pour réhabiliter et redonner tout son sens au mot Amour et à l’immense trésor qu’il recèle pour notre humanité qui en a tant besoin.

Je suis en effet souvent irrité par des pseudo chercheurs qui à la lecture d’Élisabeth ou de Bernard , ou de mystiques, qui sont les exemples mêmes de cet Amour, en ressortent avec une sorte de suffisance dédaigneuse et assimilent ces sommets d’Amour à une affectivité quasi pathologique, ne voyant pas que dans ce fait même ils ne font que dévoiler la sécheresse de leur cœur.Il ne faut pas confondre la débilité émotionnelle et affective qui bien sûr existe ,et que j’ai souvent dénoncée par ailleurs, avec l’Amour pur, et foudroyant de ceux qui sont allés au bout du chemin.

Cet Amour est à réhabiliter non seulement dans les milieux dits spirituels, mais pourquoi le cantonnerait-on uniquement à cet espace réservé ? L’humanité entière en a un pressant besoin , que ce soit aussi bien dans les structures familiales, éducatives, hospitalières, politiques, administratives : de fait partout où il y a de la vie car:

l’AMOUR C’EST LA VIE!

 LA VIE C’EST L’AMOUR!