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Il vaut mieux être faible dans la vision que fort dans l’aveuglement !

Faible dans la vision

Forts dans l’aveuglement

 

Dans ce texte dense, constitué d’écrits de jeunesse, le grand métaphysicien Frithjof Schuon, décrit d’une merveilleuse manière notre parcours tourmenté vers le Soi, au sein de ce monde si impermanent et contradictoire. Une fois de plus ne nous arrêtons pas au vocabulaire de chacun et faisons dans notre tête, les transcriptions qui nous sont nécessaires pour ne pas passer à côté de certaines merveilles. Ainsi ceux qui sont gênés par le mot Divin peuvent y voir le Soi, ainsi d’ailleurs que le mot Réalité qui est pris dans ce sens au cours de ce texte.

Le passage sur la différenciation entre raison, sentiment, désir et intellect est fondamental et nous éloigne des raccourcis trop faciles que nous empruntons souvent, jetant l’anathème sur tel ou tel de ces éléments pour ne pas se confronter à la complexité des possibilités de la Voie. Ce passage redonne ses lettres de noblesse à la Voie du jnana (de la connaissance) transmise par Shankara, Ramana et tant d’autres.

 

« Il vaut mieux être faible dans la vision que fort dans l’aveuglement, car la vision peut certes mener à la force, tandis que l’aveuglement ne mène qu’à la souffrance.

Le monde est un tissu illusoire répétant une seule et même image dans une variété inépuisable de relations, parce qu’il ne peut affirmer rien d’autre que l’Unique, le Réel.

Toute chose par-là même qu’elle est une image du divin est en quelque sorte centre, mais par-là même qu’elle ne peut être le divin, elle est en même temps une particularité accidentelle.

La compréhension de l’idée que le monde n’est qu’un reflet, et que tout en lui n’est rien de ce qui est infini dans la Réalité-Cette compréhension est tout.

En dehors d’elle il n’y a que souffrance.

Celui qui ne saisit point cela souffre et génère de la souffrance.

L’homme est dans le Divin ; mais le désir l’éloigne continuellement du Divin. Toute activité tend vers le Divin ; mais les phénomènes captivent continuellement l’homme dans leurs sphères.

C’est ainsi qu’en un sens l’homme est un être qui s’échappe constamment de la Réalité proche et présente, pour se jeter dans son reflet réfracté et chatoyant.

En un autre sens : l’homme est un être qui poursuit constamment la Réalité lointaine et absente, fuyant encore et toujours la multiplicité dans une unité, afin que son ego se libère des contradictions et se dissolve dans l’Infini, mais il se heurte encore et toujours aux limites de ces unités, lesquelles ne sont que des éléments de la multiplicité et par là même des contradictions à leur tour. Il fuit devant le Divin et tombe pourtant dans le Divin, et serait-ce dans un désert de fragments ; il se hâte vers le Divin, tout en ne Le trouvant pourtant jamais, si ce n’est d’une façon fragmentaire.

C’est ainsi que l’homme aime les phénomènes, d’une part pour se soustraire à la Réalité, et d’autre part pour se sauver dans la Réalité ; il veut s’étendre dans la multiplicité comme on aime des trésors pour leur variété et en devenant riche par eux, et veut s’éteindre dans l’Unité comme on aime une femme pour son unicité et en devenant pauvre à cause d’elle.

La raison peut participer au Divin de deux façons, dans un sens constructif ou destructif : en s’élargissant elle-même par le divin et en Le formulant, et en se dissolvant elle-même par le Divin et en taisant le non-divin.

Le sentiment aussi peut participer au Divin de deux façons, positive et négative également : en s’orientant vers le Divin et en étant absorbé, transformé et réévalué par Lui, et en s’affranchissant du terrestre, se niant par rapport à lui.

Le désir peut de la même façon participer au Divin : premièrement en se rapportant lui-même au Divin et en entrant dans la Volonté Divine, étant ainsi spiritualisé, déterminé et transposé ; et deuxièmement, en se détournant du monde, et donc en se niant lui-même.

Quand l’Intellect (NDLR : qui rappelons-le n’a rien à voir avec le mental mais est d’une dimension métaphysique beaucoup plus élevée en résonance avec le Principe-voir Shankara, Platon, Plotin) se mit à discriminer, il devint incertain, trébucha et tomba ; c’est ainsi que naquit la raison, qui n’est rien d’autre qu’un intellect ignorant.
Quand la raison se mit à décider entre diverses choses, elle devint sentiment. Le sentiment est une sorte de raison passionnée, car elle se base toujours sur la différenciation.

Quand le sentiment se mit à vouloir, il devint désir, car le désir est le sentiment que la volonté anime et enfle.

Le désir se heurta aux phénomènes et se flétrit en eux, ou se brisa contre eux.

C’est pourquoi l’homme peut retourner jusqu’à l’Intellect, car il est désir, sentiment, raison et intellect.

Il peut extirper son désir des phénomènes, détacher son sentiment du désir, libérer sa raison du sentiment. Il n’y a alors plus de motif suffisant à ce que sa raison reste captive de la magie de la différenciation et séparée de l’Intellect.

Cet homme est alors élevé vers l’Intellect comme serait élevé et disparaîtrait ce qui serait plus léger que la terre, plus léger que l’air, plus léger que le feu, et ne pourrait être rien d’autre que l’éther. »

 

Extraits du livre de Frithjof Schuon :

Méditation primordiale : La conception du Vrai Editions les sept flèches.